Le président Roch Kaboré à propos de la gouvernance du pays : “Il y a bel et bien une autorité et le bateau est bien mené”

Le dimanche 24 juin 2018, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a accordé un entretien, en direct, à des journalistes de la télévision nationale et des télévisions privées BF1 et Burkina Info. La sécurité nationale, la grève au ministère en charge de l’économie, la création d’emplois, le problème de l’avion présidentiel, les écoles sous paillotes ont été, entre autres sujets abordés. Sidwaya vous propose l’intégralité de ce grand oral.
Le président du Faso, Roch Kaboré, a fait, le 24 juin 2018 à Ouagadougou, le bilan à mi-chemin de son mandat au cours d'une interview à la télévision nationale et à deux chaînes privées (Ph. Présidence du Faso)

Le président du Faso, Roch Kaboré, a fait, le 24 juin 2018 à Ouagadougou, le bilan à mi-chemin de son mandat au cours d’une interview à la télévision nationale et à deux chaînes privées (Ph. Présidence du Faso)

Question (Q.) : Après deux ans de votre mandat, force est de constater que le Burkina Faso fait face à de nombreux défis tels que la sécurité, la lutte syndicale, la relance économique. Comment peut-on expliquer que jusqu’à présent vous n’arrivez pas à ramener le Burkina sur le bon chemin, M. le Président ?

Roch Marc Christian Kaboré (R.M.C.K.) : La construction d’un pays est d’abord une lutte de longue haleine. Je ne suis pas en contradiction avec ce que j’ai eu à dire. Nous avons forcément des réformes structurelles à mettre en place, mais également nous avons des défis que nous devons relever. Ce sont des défis au titre desquels nous pouvons citer la question de sécurité qui est au premier plan. Lorsque nous arrivions au pouvoir, ce n’était pas perceptible. Cette question de sécurité reste  un défi fondamental de notre pays parce que sans sécurité,   c’est difficile d’amorcer le développement. Le deuxième aspect c’est que sur l’ensemble des secteurs sur lesquels nous nous sommes engagés, que ce soit la réforme des institutions ou les questions qui sont relatives au capital humain et à sa consolidation, que ce soit l’appui aux secteurs qui portent le développement, nous avons eu des avancées. Je pense qu’il faut se donner du temps pour construire un pays parce que tous les problèmes ne peuvent pas se résoudre en une fois.
 Q. : Justement, l’on parlait de cette question de sécurité qui est venue mettre en mal votre prévision, il y a également les mouvements sociaux. Est-ce à dire que c’est votre gouvernement qui a des problèmes de capacité à dialoguer ou ce sont les syndicats qui ont des agendas cachés ?
R.M.C.K. : Dès le départ, j’ai insisté sur la nécessité que le dialogue social soit notre priorité et c’est ce que nous avons fait jusqu’à maintenant. Je l’ai dit, quand nous voulons dialoguer,  nous devrons apprendre à nous écouter. Le clash est venu lorsque nous avons discuté avec les syndicats du ministère en charge des finances, il restait un certain nombre de points qui étaient en suspens en discussion. Ces points ont été passés en revue et il en restait deux sur lesquels il n’y avait pas d’accord. C’étaient les points relatifs à la sécurisation de ce que l’on appelle fonds commun et le check off qui était également un second point en discussion. Nous avons considéré, comme nous avons eu un accord sur les trois points, qu’il était bon que l’on signe un accord partiel de manière à ce que nous poursuivions les discussions sur les deux autres points sur lesquels nous n’avions pas eu d’accord.
 Q. : Les organisations syndicales estiment que le fonds commun ne fait pas partie de leurs revendications. 
R.M.C.K: Ce n’est pas nous qui l’inventons. En tout état de cause,  il n’y a aucune raison que nous ne puissions pas dialoguer et trouver des solutions sur l’ensemble des points de leurs revendications.
Q. : Mais la coordination des syndicats du MINEFID pense que tout est mis en œuvre juste  pour  retirer les acquis en matière de fonds commun. Beaucoup s’inquiètent aujourd’hui parce qu’ils ont pris des engagements sur la base de ces fonds communs.
R.M.C.K.: Nous avons invité l’ensemble des syndicats à une discussion nationale. Tous les syndicats, y compris ceux du MINEFID, étaient conviés à cette rencontre. Nous avons expliqué maintes fois qu’au niveau du gouvernement,  nous n’avons pas de solution dans nos poches et qu’il fallait que nous venions en discuter ensemble. Si vous aviez accepté le principe d’être présents, l’ensemble de ces questions que l’on pose aujourd’hui seraient sur la table de discussions et de négociations de manière à rechercher les solutions.  Nous n’avons aucun problème pour discuter de ces problèmes.
Le président du Faso, Roch Kaboré, a fait, le 24 juin 2018 à Ouagadougou, le bilan à mi-chemin de son mandat au cours d'une interview à la télévision nationale et à deux chaînes privées (Ph. Présidence du Faso)

Le président du Faso, Roch Kaboré, a fait, le 24 juin 2018 à Ouagadougou, le bilan à mi-chemin de son mandat au cours d’une interview à la télévision nationale et à deux chaînes privées (Ph. Présidence du Faso)

Q. : Finalement,  vous avez décidé de recruter un  personnel d’appoint, est-ce la solution, M. le président ?

R.M.C.K. : Le gouvernement a un rôle de continuité  du service public. De ce point de vue-là,  nous sommes censés pouvoir assurer la continuité. Aucune disposition n’a été encore engagée. Nous avons encore toutes les chances de pouvoir régler l’angle et rechercher les solutions qui permettent à notre pays d’avancer. Nous sommes dans cette disposition d’esprit. C’est pourquoi, de mon point de vue, premièrement, les syndicats du MINEFID doivent lever leur mot d’ordre et  reprendre les activités normalement ; deuxièmement, nous devons nous asseoir pour évoquer les deux points puisque nous avons encore six mois pour préparer la mise en œuvre des nouvelles dispositions.
Q : Concernant le fonds commun, beaucoup au sein de l’opinion publique le considèrent comme une injustice. Est-ce que c’est votre opinion également ?
R.M.C.K. : Le problème du fonds commun, c’est qu’il existe au Burkina Faso depuis longtemps. Mais quand vous voyez son évolution, elle est partie de 4 milliards à 55 milliards de nos jours.  La question qui se pose  n’est pas une question de jalousie, c’est une question de la capacité du budget à pouvoir poursuivre ces genres d’opération. C’est pour cela que nous avons invité les différents syndicats à la réflexion parce qu’il s’agit de l’intérêt de tout un pays. Le jour où nous ne pourrons pas payer les salaires, vous savez que ce sera un gros problème. Le jour où nous allons travailler et nous ne pourrons pas faire des investissements productifs pour le pays, c’est une difficulté également que nous aurons. Nous devons penser à nous-mêmes mais aussi savoir que nous sommes près de 18 millions de Burkinabè où chacun n’a pas de salaire mais attend que le gouvernement fasse des efforts pour qu’il y ait des routes, des dispensaires, des écoles, pour  qu’il y ait amélioration de leurs conditions de vie. C’est  dans ce sens que nous appelons tous les travailleurs sans exception à cette réflexion d’intérêt commun et non partisane, égoïste. Il faut qu’on travaille à cela.
Q : Quand on regarde les prévisions budgétaires, par exemple au niveau de la DGI ou du Trésor, vous leur demandez de faire énormément des efforts pour passer à des taux de recouvrement de 10% d’augmentation. Est-ce que vous pensez que sans motivation les travailleurs pourront atteindre ce résultat ?
R.M.C.K.: Ils ont déjà des motivations qui sont des primes de rendement, en dehors du fonds commun. Je voudrais que l’on comprenne que tout le monde participe au développement économique du pays y compris nos braves paysans du secteur rural qui contribuent beaucoup à l’augmentation du Produit intérieur brut (PIB). Imaginez-vous simplement qu’un jour tout le monde se dise que l’on fait beaucoup d’efforts et qu’il nous faut aussi satisfaire tel ou tel problème sinon nous allons arrêter de cultiver. On se met dans un blocage inexplicable. Nous sommes d’accord que des efforts sont faits au niveau du recouvrement. Mais nous pensons  que tel que les choses sont faites aujourd’hui, il faut revoir la forme et le fond pour qu’ils soient compatibles aux enjeux budgétaires et à ceux du développement de notre pays.
Q. : Est-ce que la ministre de l’Economie, des Finances et du Développement a votre soutien sur ce dossier parce que l’on a l’impression qu’elle se bat seule face aux organisations syndicales ?
R.M.C.K.: Non. Elle n’est pas seule. C’est un dossier du gouvernement. L’ensemble des discussions se font avec le ministre en charge des finances et celui de la fonction publique qui participent aux négociations sur la base des instructions données par le gouvernement. Il ne faut pas parfois personnaliser ce débat entre le ministre des Finances et le syndicat de son département. Je voudrais encore réitérer toute la disponibilité du gouvernement à la discussion. Je demande encore une fois aux syndicats du ministère de l’Economie et des Finances de lever leur mot d’ordre de grève et de reprendre le service de manière à ce que nous puissions engager les discussions qui tiennent compte de tous nos engagements avec les autres centrales.
Q. : Les organisations syndicales sont disposées au dialogue, en témoigne la suspension du mot d’ordre de grève pendant une semaine pour donner une chance au dialogue. A cela s’ajoute une initiative du Médiateur du Faso pour ramener tout le monde  à la table de négociation. Les syndicats n’ont-ils  pas raison de dire que  c’est le gouvernement qui a du mal à engager le dialogue ?
R.M.C.K. : Dans une telle situation, il faut  que chacun puisse se départir de son ego. Nous saluons toutes les initiatives qui ont été prises dans le sens de permettre un dialogue entre le gouvernement et les syndicats du MINEFID. Je voudrais aussi vous rappeler que sur l’ensemble des discussions que nous avons menées avec tous les syndicats, que ce soit avec ceux de la santé, de l’éducation, nous n’avons pas eu besoin de ce tohu-bohu pour régler les problèmes posés. Tous ces secteurs sont stratégiques parce que si aujourd’hui, nos enfants ne pouvaient pas passer leurs examens, nous ne serions pas en train de nous poser la question si le secteur des finances est plus stratégique. Il est nécessaire que nous puissions reprendre le débat avec les syndicats du ministère de l’Economie et des Finances. Nous n’avons aucun problème en la matière. Je demande simplement que les syndicats lèvent le mot d’ordre afin que nous engagions les discussions.
Q. : Il ressort des résultats de la conférence sur la rationalisation du système de rémunération des agents de la Fonction publique que 80% des travailleurs vont avoir des augmentations et 20% verront leur salaire maintenu en l’état. Est-ce qu’on n’est pas passé loin de l’objectif initial qui est la rationalisation ?
 R.M.C.K.: Un comité de suivi sera mis en place  et va intégrer toutes les composantes qui ont participé à la conférence. Nous allons procéder sur la période à venir à la préparation technique de l’ensemble de ces dossiers qui doivent être adoptés en Conseil des ministres. Il faut que les prévisions qui ont été faites puissent être respectées, notamment en  ce qui concerne les salaires que les uns et les autres vont toucher. Selon les prévisions qui ont été faites, nous aurons une meilleure maîtrise de la masse salariale, une meilleure équité entre les agents de la Fonction publique. C’est du reste l’objectif visé. Cela suppose que nous devons travailler à la maîtrise de la dépense, y compris les salaires. Nous sommes déjà largement au-dessus de la norme de 35% du budget fixée par l’Union économique et monétaire ouest- africaine (UEMOA).
Q. : Pourquoi les magistrats et certaines catégories de personnels qui émargent aussi au budget de l’Etat ne sont pas concernés par la conférence sur la rationalisation du système de rémunération des agents publics? Quelle est l’équité que vous recherchez ?
R.M.C.K.: Lorsqu’on dit que la fronde sociale est née à partir des  concessions faites aux magistrats, c’est un  argument facile, parce que lorsque nous sommes arrivés au pouvoir, nous avions trouvé des engagements pris par le gouvernement de la Transition. L’Etat étant  une continuité, nous ne pouvons pas les remettre en cause, qu’il s’agisse de la loi 081 ou du texte d’accord avec les magistrats. C’est ce que nous avons fait. Les revendications catégorielles qui sont venues des autres secteurs sont certainement légitimes parce qu’elles étaient fondées sur des besoins d’amélioration des conditions  de vie des travailleurs. Mais l’un ne doit pas être l’argument pour justifier l’autre. Les problèmes  que vous évoquez l’ont déjà été au cours de la conférence sur la rationalisation du système de rémunération des agents publics.  Ce sont des questions qui restent toujours en discussions. Nous avons demandé que le ministre en charge de la fonction publique puisse mettre les structures en place afin que nous puissions poursuivre les discussions et œuvrer à assurer cette équité entre les travailleurs de la Fonction publique.
Q. : N’y a-t-il pas de super fonctionnaires au Burkina Faso ?
R.M.C.K.: Lesquels ?
Q. : Les magistrats par exemple.
R.M.C.K : Comme je vous l’ai déjà dit, les magistrats ont négocié et sont parvenus à un accord avec le gouvernement de la Transition.
Q. : Est-ce que vous n’avez pas cédé facilement face aux magistrats  pour amener les Burkinabè dans cette crise aujourd’hui ?
R.M.C.K.: Non ! Nous n’avons pas cédé facilement. Nous avons discuté longuement avec les magistrats. Et comme je vous ai dit, ce sont des accords déjà signés sous la Transition que nous sommes tenus de  respecter parce que le gouvernement est une continuité. Il en est de même de la loi 081 votée sous la Transition et pour laquelle, les prévisions budgétaires n’avaient pas été faites. Nous avons fait des acrobaties pour respecter tous les engagements.
Q. : Est-ce que la baisse du nombre de postes à pourvoir au niveau de la Fonction publique procède de cette volonté de maîtriser la masse salariale ?Beaucoup ne comprennent pas, ce d’autant plus que dans votre programme, vous avez prévu la création de  650 000 emplois ?
R.M.C.K.: Je voudrais préciser que les 650 000 postes à créer, ce n’est pas seulement dans la Fonction publique. Ce chiffre concerne également les emplois créés par le secteur privé et informel. Le budget de l’Etat, c’est comme nos poches. Tous les accords qui ont été signés entre le gouvernement et les syndicats ont un impact sur la masse salariale et du même coup,  induisent le fait que si nous voulons continuer à garder les équilibres,  nous sommes obligés de réduire les emplois de façon transitoire en attendant de retrouver meilleure fortune. Ce que nous avons fait cette année procède de cela.
Q. : Vous avez promis aux Burkinabè 650 000 emplois dans votre programme. Aujourd’hui combien en avez-vous créés ?
R.M.C.K. : Ce n’est pas seulement au niveau du gouvernement, c’est y compris les emplois créés par le secteur privé.
Q. : Si vous faites la sommation,  combien en avez-vous créés ?
R.M.C.K.: Aujourd’hui, sur la base d’une investigation non achevée faite par le ministre en charge de la jeunesse,  près de 190 000 emplois ont été créés. Ce chiffre est appelé à augmenter parce que nous avons demandé que le champ d’investigation soit élargi à toutes les entreprises et sociétés,  y compris le secteur informel.
Q. : Parlant d’emploi, l’une de vos actions est le programme national Start-up qui devait permettre de créer  10 000 emplois directs, 500 start-up en 5 ans. Toute cette politique développée est-elle viable ?
R.M.C.K. : Bien sûr ! Chaque année, nous injectons deux milliards de F CFA dans ce programme. Pour la première phase, 30 entreprises ont été sélectionnées. Cela va se poursuivre. La question, c’est de créer des emplois qui permettent aux Burkinabè de vivre avec dignité, qui arrivent à subvenir à leurs besoins. Aujourd’hui, nous devons encourager les jeunes à développer des initiatives en la matière. Et nous avons décidé de soutenir chaque année en moyenne 100 jeunes qui présentent des projets novateurs ou qui méritent d’être soutenus.
Q. : Mais, les jeunes se plaignent des conditions de garantie qu’ils ne peuvent pas fournir…
R.M.C.K. : Pour le start-up, il n’y a pas de problème de garantie. Lors de ma rencontre avec les jeunes, j’avais pris l’engagement qu’un fonds de garantie sera mis en place pour soutenir ceux qui ont des dossiers bancaires. Ce fonds a été mis en place et dispose de 500 millions de F CFA en compte. Il s’agit de présenter les dossiers, s’ils sont viables et peuvent donner des perspectives de vie et de survie, le fonds sera la garantie pour qu’ils puissent prendre des crédits.
Q. : A votre arrivée au pouvoir, vous avez présenté la défiance de l’autorité de l’Etat comme étant l’un des principaux problèmes à résoudre. Mais, aujourd’hui, le constat semble être le même. Jusqu’à présent, vous peinez à trouver la bonne approche?
R.M.C.K. : L’approche est très simple. Nous sommes dans un Etat de droit. Nous avons des droits et des devoirs. L’ensemble de nos comportements en société sont régis par des textes de lois et règlements. Tout le monde dit qu’il faut que ça change au Burkina Faso. Mais, pour que ça change, il faut qu’individuellement, nous acceptions de changer. Le constat qu’on fait, c’est qu’aujourd’hui, il faut le changement, mais personne ne veut changer. Et c’est ça notre principale difficulté. Lorsque nous disons que la loi sera appliquée dans sa rigueur et que nous l’appliquons, on dit que le gouvernement est frileux, que c’est la répression. Il faut qu’on s’entende parce que le vivre-ensemble dépend aussi de cela. C’est pourquoi, dans la lutte contre ce fléau qui gangrène la vie de la nation, nous avons sensibilisé, attiré l’attention des populations. Nous allons appliquer désormais la loi dans toute sa fermeté. Les Burkinabè doivent savoir que la loi est là pour tout le monde. Le Burkinabè veut une chose et son contraire.
Q. : L’on parle de la réduction du train de vie de l’Etat. L’avion présidentiel coûte 4 milliards de F CFA pour sa réfection par an. N’est-il pas temps pour le Burkina de s’acheter un nouvel avion ?
R.M.C.K. : Ce montant de 4 milliards de F CFA par an ne me semble pas avéré. Ce qui est fait annuellement est de différents niveaux. Donc, on ne peut pas mettre 4 milliards de F CFA chaque année dans un avion. L’avion, même s’il y avait de grosses réparations à faire, aujourd’hui, fonctionne normalement. Pendant une longue période, on a donné le sentiment  qu’il fallait qu’on le change parce qu’il est dangereux pour la sécurité du président. Mais, je vous assure, sauf cas de force majeure, qu’on ne peut pas prévoir, que l’avion fonctionne normalement. Un nouvel avion sera hyper coûteux. Je crois que c’est mieux qu’on conserve notre avion.
Q. : Parlant toujours de la réduction du train de vie de l’Etat, beaucoup n’ont pas compris qu’au moment où l’on parle d’insécurité alimentaire, de situation économique difficile…on prenne plus de 3 milliards de F CFA pour acheter de nouveaux véhicules pour les membres du gouvernement.
R.M.C.K. : L’Etat doit fonctionner. Je comprends l’invective qu’on peut faire mais il  est bon de ne pas faire de faux procès. Vous avez un gouvernement, il a besoin de se déplacer. Les véhicules que nous avions étaient dans un état de vétusté. Nous ne pouvons pas continuer à le dénier. Si un ministre doit pousser sa voiture, si les véhicules doivent tomber à chaque fois en panne au bord de la voie…ils vont nous dire que nous sommes en train de mettre la pression sur les ministres pour qu’ils ne travaillent pas. Il y a des dépenses incompressibles que nous devons faire. Il faut qu’on accepte que pour faciliter l’activité du gouvernement, nous puissions procéder à ce renouvellement. Ce ne sont pas des dépenses de prestige.
Q. : Pour ces achats, n’est-ce pas le contexte dans lequel le pays se trouve qui a choqué la population ?
R.M.C.K. : Ce qui nous a guidés, c’est l’opérationnalité du gouvernement. Quelles que soient les voitures qu’on aurait achetées, ce serait le même débat. Le contexte peut choquer, mais, arrêtons de faire des gorges chaudes sur des questions d’opérationnalité que sur celles de prestige.
Q. : Toujours dans cette lancée, il a été question de la suppression de certaines institutions (Haut représentant du chef de l’Etat, HCRUN, Médiateur du Faso, Conseil économique et social…). Vous y êtes favorable au regard de leur caractère coûteux pour l’Etat ?
R.M.C.K. : Tout ce qui concerne les institutions de la République, est codifié dans la Constitution. Donc, il ne peut pas appartenir à une rencontre, quelle qu’elle soit, de modifier ce que la Constitution a prévu comme institution.
Q. : Même le Haut représentant du chef de l’Etat ?
R.M.C.K. : Non, le Haut représentant du chef de l’Etat n’est pas une institution de la République. La Constitution qui sera présentée au référendum en 2019 a déjà défini les institutions qui y sont. Le Haut représentant a rang de président d’institution, mais n’est pas une institution. J’ai demandé la création du  Haut représentant du chef de l’Etat pour plusieurs raisons. La première raison est qu’il y a un certain nombre d’activités où je souhaite avoir  quelqu’un d’une certaine hauteur pour représenter le chef de l’Etat. Deuxièmement, il y a un certain nombre de réflexions sur des questions sociales, économiques et politiques où  je souhaite également que soit engagé le Haut représentant. Troisièmement, en tant que chef d’Etat, dans des  institutions telles que l’Union africaine (UA), la Banque mondiale, il  y a des moments où on est sollicité pour être champion dans un certain nombre de domaines qui nécessitent des missions, des rencontres avec d’autres autorités. De ce point de vue,  je choisis le Haut représentant pour faire ces missions afin de me rendre compte jusqu’au jour de la rencontre finale. Je prends un exemple simple. J’ai été désigné comme champion dans une discussion relative au nouveau mode de financement de la santé avec la Banque mondiale et la Norvège. Cette mission est prévue en novembre et elle nécessite un certain nombre de rencontres et de réunions, etc. J’ai mandaté le Haut représentant de me représenter. Ne confondons pas ces structures qui sont des structures d’appui à la présidence. On me dit que le président a des conseillers. Ils n’ont pas le même type de travail. Les conseillers travaillent au quotidien  sur des dossiers relatifs au fonctionnement du gouvernement.
Q.: C’est contradictoire ce que vous dites par rapport aux recommandations de  la rencontre des forces vives.   
R.M.C.K.: Je veux dire que cette rencontre ne peut pas remettre en cause le consensus qui  a été obtenu au niveau de la Constitution. Il faut rouvrir le débat.
Q.: Etes-vous prêt à  rouvrir le débat sur ces institutions dont la suppression a été recommandée? 
R.M.C.K.: Si on rouvre le débat sur la Constitution, on va ouvrir une boîte de pandores. On va repartir à un débat sur tout.
Q.: Les forces vives peuvent être choquées de constater que leurs recommandations n’ont pas été prises en compte.
R.M.C.K.: Les forces vives ont été intégrées aux discussions au moment de la Constitution.
Q.: Sur le terrain, on a l’impression que l’économie est morose.
R.M.C.K.: La morosité de l’économie n’est pas seulement burkinabè. Mais nous devons nous féliciter. Malgré un contexte difficile, caractérisé par l’insécurité et une certaine grogne sociale, qui a des conséquences sur le développement économique et social, nous devons dire que le Burkina Faso a un taux de croissance de l’ordre de 6,7%.Cela veut dire que notre économie est en reconstruction. Nous devons poursuivre les efforts pour consolider cette progression. La rhétorique rétorque toujours que ce n’est pas perceptible dans le panier de la ménagère. Oui ce n’est pas perceptible, mais nous devons faire progresser ce taux à deux chiffres pour que cela soit concret.
Q. : Est-ce qu’on en prend la voie?
R.M.C.K.: On en prend la voie. Nous sommes là-dessus. Entre 2016 et 2017, il y a eu une évolution du taux de croissance. Aujourd’hui, nous avons tous intérêt, que ce soit les syndicalistes ou l’Etat,   que tout le monde se mette au travail pour la mobilisation des ressources. A l’actif de tous ceux qui travaillent dans le domaine des finances, sur les deux ans et demi, la mobilisation des finances prévues dans le cadre du PNDES, avoisine 85%. Cela veut dire qu’un travail est fait. Nous pouvons faire plus, concernant la contribution nationale. En même temps, si nous apportons des recettes et  nous ne gérons pas nos dépenses, ce sera un coup d’épée dans l’eau. Tout ce que nous obtenons au niveau des recettes n’a pas d’investissements au niveau national. Cela pose des problèmes. Si vous allez dans certains secteurs, les hôtels, au niveau des ventes de motos, il y a une petite reprise. On ne peut pas dire que l’argent ne circule pas. Ce n’est pas parce que l’argent n’est pas dans ma poche, que je dois considérer que le pays ne marche pas.
Q.: Dans le cadre de cette relance, il a été question de soutenir des entreprises sinistrées après l’insurrection. Est-ce que quelque chose est fait dans ce sens parce qu’il y a eu beaucoup de destructions d’emplois?
R.M.C.K.: C’est clair, nous sommes tout à fait d’accord. Le rapport qui a été fait montre qu’il y a entre 50 à 60 milliards F CFA de dégâts qui ont été causés au cours de l’insurrection sur des sociétés. Entre les problèmes que nous avons à résoudre par rapport à ces questions, il faut deux choses. La première est que nous avons demandé à certains de faire le calcul des destructions. Chacun est resté chez lui, a fait ses calculs et est venu déposer. Aucune contre-expertise n’a été faite en son temps. Nous ne pouvons pas, sur la seule base de votre déclaration, vous payer. C’est pourquoi le HCRUN est en train de s’entourer d’un certain nombre de spécialistes dans ce domaine pour que nous puissions rétablir la vérité des choses. Il est clair que l’Etat doit prendre ses responsabilités, mais c’est clair aussi que nous ne pourrons pas payer à 100% certaines de ces industries. Ce sera forcément une cote mal taillée. Ce débat, nous sommes engagés à le mener.
Q.: Concernant l’énergie, cela fait longtemps que nous n’avons pas vécu pareille situation. Nous avons l’impression d’avoir touché le fond cette année. Alors que l’un de vos engagements était de mettre fin à cette situation.
R.M.C.K.: Nous avons eu des difficultés majeures. La question des délestages a non seulement des conséquences au niveau des industries, mais aussi sur les citoyens. Je suis bien conscient des conséquences des délestages sur les citoyens. Nous avons pris des engagements pour développer le solaire. Il y a une augmentation des besoins de consommation au Burkina Faso due à la création de nouveaux boulots et au fait que les Burkinabè ont plus ou moins amélioré leurs conditions de vie. Des gens disposent aujourd’hui de climatiseurs, certains ont des réfrigérateurs et d’autres matériels qui fonctionnent avec de l’électricité. Nous avons avec la Côte d’Ivoire un accord de fourniture d’électricité à des conditions intéressantes. De temps en temps,  nous avons avec ce pays, des problèmes pour plusieurs raisons. Il y a parfois des soucis internes à la Côte d’Ivoire et aussi des problèmes de lignes de transport de l’énergie du côté burkinabè. Car, il y a non seulement une déperdition d’énergie lors du transport, mais la puissance injectée amène souvent des ruptures sur les lignes du Burkina Faso. Nous travaillons à ce que les lignes de transport soient refaites de bout en bout le long de l’interconnexion avec la Côte d’Ivoire. En plus, nous avons un projet d’interconnexion avec le Ghana qui devrait être achevé depuis un certain temps. Mais les Ghanéens ont rencontré des difficultés. Aujourd’hui, la construction de cette ligne est terminée. Avec le Ghana, nous aurons 50 Mégawatts dans les premiers instants et 100 mégawatts par la suite. Nous avons vécu des délestages qui ont inquiété de nombreux Burkinabè. J’ai eu à téléphoner plusieurs fois au directeur général de la SONABEL pour comprendre ce qui se passe. Mais je peux vous assurer que tout en travaillant à faire en sorte que nous ayons notre production interne propre, les dispositions seront prises pour que lors des périodes chaudes à venir au Burkina Faso, nous n’ayons plus ces genres de désagréments.
Q. : En ce qui concerne l’accessibilité à l’eau potable pour tous, vous avez lancé la campagne zéro  corvée d’eau pendant votre mandat. Où en êtes-vous avec ce projet ?
R.M.C.K. : Nous avons augmenté le potentiel de production de l’ONEA qui est passé à 156.000 m3 par jour. Malgré tout, Ouagadougou a des problèmes d’eau dus à son surpeuplement.
Q. : Mais le projet Ziga devrait résoudre ce problème…
R.M.C.K. : Les 156.000 m3 d’eau sont disponibles. Mais cette quantité est déjà dépassée, car la ville de Ouagadougou non seulement, s’étend de partout, mais les quartiers périphériques rencontrent de nombreuses difficultés. Souvent, les pannes d’électricité jouent sur le remplissage des châteaux et la fourniture d’eau dans les concessions.
Q. : La démographie a alors déjoué toutes les prévisions ?
R.M.C.K. : Il ne s’agit pas d’un problème de prévisions. A preuve, le taux de natalité est connu de même que celui de l’exode rural. Il est donc difficile de satisfaire des personnes qui s’installent à 10 ou 15 km à la périphérie de la ville. Cependant, lors de la période de grande consommation, nous avons réalisé des forages et des camions-citernes ont été mobilisés pour satisfaire les populations. Il faut souligner que sur l’étendue du territoire, 4700 forages ont été réalisés et 1760 autres ont été réparés.
Q. : Est-ce qu’il existe une cartographie de ces réalisations pour une vérification?
R.M.C.K. : Pour une question de transparence, nous avons demandé au ministre en charge de l’eau, à qui je tire mon chapeau, de mettre toutes ces informations en ligne pour que tout le monde puisse les vérifier.
Q. : Revenons sur les questions de santé avec la situation dans laquelle se trouvent les hôpitaux de référence au Burkina Faso, à savoir Yalgado et Souro Sanon où un tour dans les urgences permet de voir des réalités difficiles. Deux ans et demi après votre arrivée au pouvoir, les choses n’ont pas réellement bougé. Qu’est-ce que vous comptez faire ?
R.M.C.K. : Vous avez raison. L’hôpital Yalgado Ouédraogo est un souci. Au moment où j’étais Premier ministre, nous avons lancé des travaux de réaménagement de l’hôpital pour améliorer le confort. Le constat aujourd’hui est que  cet établissement sanitaire est dans une situation difficile. Il avait été établi que des études soient réalisées pour voir si dans cette même zone, il est possible de construire un nouvel hôpital tout en conservant l’ancien et transférer les malades progressivement. Ces études sont achevées. Nous sommes actuellement à la recherche de partenaires pour la remise en l’état de l’hôpital Yalgado. Car tout le monde converge vers lui. Mais il faut reconnaître que l’hôpital Yalgado est bâti sur un sol spongieux. Reconstruire un établissement sanitaire sur ce site sans chercher à régler les problèmes d’évacuation d’eau, serait un désastre. Nous sommes conscients des difficultés, un travail est en train d’être effectué et c’est pour cela que nous œuvrons à la construction d’hôpitaux dans les arrondissements de la ville de Ouagadougou pour rapprocher les centres sanitaires des malades et désengorger l’hôpital Yalgado.
 Q. : Les jeunes burkinabè consomment des produits toxiques comme la shisha que le Rwanda a interdit. Il en est de même de l’alcool frelaté qui décime la jeunesse. Pourquoi au Burkina Faso on n’interdit pas ces produits ? Ou est-ce que ce sont les décisions courageuses qui manquent ?
R.M.C.K. : La question n’est pas d’interdire. Il faut se donner les moyens de veiller à ce que ces alcools frelatés ne puissent plus être vendus au Burkina Faso. Sur ces questions, des textes existent et des décisions prises. Mais il appartient à ceux qui sont sur le terrain de sanctionner sévèrement ces actes. Tous ces produits cités contribuent à disloquer la jeunesse et à la nuire. Ils contribuent à créer les violences que nous voyons parfois en ville et en campagne. Toutes les dispositions doivent être prises à tous les niveaux pour lutter contre ces fléaux.
Q. : Les examens sont en cours actuellement au Burkina Faso, mais dans le Sahel, les élèves n’ont pas pu composer pour des raisons sécuritaires. Des solutions ont été proposées, mais quand est-ce qu’ils pourront passer leurs examens ? 
R.M.C.K. : Nous n’avons pas fait composer ces élèves pour des raisons sécuritaires. Ce qui est certain, ils feront les examens avant la rentrée scolaire prochaine. C’est parce que nous ne voulons pas qu’ils perdent la chance de poursuivre leurs études que le ministère de l’Education nationale a pris ces dispositions. Je peux vous assurer sans donner de date que ces élèves vont composer.
Q. : Vous avez promis dans votre programme des ordinateurs et la connexion aux étudiants. Jusque-là, cette promesse ne s’est pas réalisée…
R.M.C.K. : Ce n’est pas encore une réalité, mais nous y travaillons avec la Banque mondiale. Je tiens à vous informer que nous sommes en train de mettre en place l’université virtuelle qui, sur la base des techniques de l’information et de la communication, va permettre aux étudiants d’avoir accès aux cours sans avoir besoin de se déplacer dans les amphithéâtres. Ils auront également la possibilité d’avoir différents cours en ligne. Au niveau universitaire comme au MENA, des efforts importants  ont été faits en termes de construction d’infrastructures. Mais comme nous le disons,  la natalité est forte au Burkina Faso et nous ne pouvons pas continuer à construire de façon permanente des universités qui pourront prendre tout le monde. Malgré la création des différentes universités  à travers le pays qui vont connaître une montée en puissance  avec des nouvelles infrastructures, nous avons opté pour aller à l’université virtuelle pour permettre à nos étudiants de pouvoir suivre les cours.
Q. : Sur la question  de ‘’zéro école sous paillotes’’, on constate ces derniers  temps sur nos médias des écoles qui s’effondrent, des toits qui s’envolent. En voyant ces images, est-ce que vous avez demandé à vos ministres de prendre des mesures nécessaires pour que ces entrepreneurs soient poursuivis et sanctionnés  à la hauteur de ces mauvaises réalisations ?
R.M.C.K. : En ce qui concerne les écoles sous paillotes, il y en a déjà  près de 1600 qui ont été rétablies. Il reste encore quelques-unes  et nous nous attelons  pour le respect de l’engagement que nous avons pris qui est qu’à la fin du mandat, nous ayons soldé cette question des écoles sous paillotes. Concernant les écoles et toutes les infrastructures de l’Etat, c’est une discussion permanente qui est menée sur la qualité des prestations. Mes instructions sont claires : tous ceux à qui nous avons donné du travail et qui ne l’exécutent pas correctement, nous devons les black lister de nos activités. Nous devons  veiller à ce que les travaux soient réalisés dans les règles de l’art. Au niveau du MENA, des dispositions sont prises pour que ceux qui sont présents au moment du lancement des appels d’offres, qui définissent les conditions dans lesquelles les travaux doivent être exécutés, puisent suivre la réalisation des infrastructures.  Le constat a été fait que ce n’étaient pas les mêmes personnes qui le faisaient. C’est pourquoi nous avons demandé aux ministères  que toute la rigueur soit  appliquée à ce niveau.
Q. : En termes d’infrastructures, il y a ces marchés  d’entente directe.  Auprès du ministère des infrastructures, il y a près de 100 lots où les délais d’exécution sont consommés de 80 à 90%. Pourtant, on est encore à moins de 50% du taux d’exécution. Ce sont des réalités qu’on vit et qui sont liées à ces marchés d’entente directe.
R.M.C.K. : Cela n’est pas forcément lié aux marchés par entente directe. Les retards peuvent être liés à des contraintes qui n’ont pas été prises en compte au moment des études. Je ne saurai vous répondre de façon précise à toutes les préoccupations que vous avez évoquées ici, mais je  voudrais simplement dire que les règles de marchés sont établies, que ce soit par l’entente directe ou par appel d’offres, pour bénéficier d’un travail que vous devez exécuter dans des délais. Il arrive que des gens proposent des prix intéressants pour réaliser des travaux et au finish, ils ne parviennent pas. Mais en tout état de cause, c’est la responsabilité de l’Etat d’assurer le suivi, de faire en sorte de ne pas sortir des délais impartis.
Q. : Sur le volet sécuritaire, il y a eu récemment le succès lors de la neutralisation de terroristes au quartier Rayongo de Ouagadougou. Vous êtes à mi-mandat, est-ce que vous êtes à même de vaincre cette pieuvre qu’est le terrorisme qui crée tant de psychose dans le pays ?
R.M.C.K. : Je profite de l’occasion que vous m’offrez pour saluer l’action des Forces de défense et de sécurité (FDS) surtout dans la région du Sahel et partout ailleurs sur toute l’étendue du territoire. Je salue également la mémoire de tous ceux qui sont tombés pour la défense de la patrie. De mon point de vue, je suis satisfait de l’action de nos FDS qui,  au fur et à mesure,  montent en  puissance. Au niveau des renseignements et  du travail sur le terrain, elles méritent d’être encouragées. Tout est mis en œuvre pour que nous puissions terminer avec le terrorisme. Comme vous le constatez, c’est un fléau mondial auquel  même les pays développés sont confrontés. Nous devons faire en sorte que la pression du terrorisme soit atténuée par nous-mêmes, mais aussi dans le cadre du G5 Sahel où nous sommes censés nous structurer pour défendre nos frontières de manière à limiter la mobilité de ces forces négatives.
Q. : M. le président, en même temps que vous encouragez les FDS, il y a eu récemment  le cas de l’évacuation de ce soldat blessé qui a offusqué l’opinion d’une manière générale parce qu’il trainait avec une balle dans le corps. Comment peut-on expliquer un tel dysfonctionnement ?
R.M.C.K. : Ce n’est pas un dysfonctionnement. Ce n’est pas parce qu’on a une balle dans le corps qu’il n’y a pas un suivi médical. Il y a des médecins qui suivent des malades et qui décident du moment où l’évacuation doit être faite. Il faut tout temps se rapprocher pour prendre les informations. Il y a des  malades qu’on ne peut pas évacuer tant qu’ils ne sont pas stabilisés. Notre souci est de toujours prendre les meilleures mesures pour soigner nos FDS qui vont en mission et qui subissent des situations comme nous  en avons connues. Aujourd’hui, il a été évacué, l’opération a été faite et les choses suivent leur cours normal.
Q. : Il y a un rapport de Human Rights Watch (HRW) qui a soulevé des exactions commises par les FDS dans la région du Sahel du Burkina. Est-ce que vous disposez d’informations sur ce que font les FDS sur le terrain ?
R.M.C.K. : J’ai toujours insisté à toutes les réunions que nous avons eues avec le chef d’état-major général des Armées sur le fait que nous devons être respectueux vis-à-vis des droits de l’homme. Il est vrai que nous sommes sur le terrain, mais nous devons avoir la collaboration avec les populations. Nous devons les traiter avec le maximum de respect et de considération. Ce message est répété en permanence. Un travail est également fait au niveau des FDS sur toutes ces questions relatives aux droits de l’homme. Maintenant, HRW s’insurge contre l’armée burkinabè pour  certaines pratiques. Nous avons demandé qu’ils viennent rencontrer le ministre de la Défense, ensuite aller sur le terrain. Troisièmement, nous avons ouvert une enquête pour situer les responsabilités sur l’ensemble de ces questions. Partout où des difficultés ont été évoquées, des dispositions ont été prises en termes d’enquêtes ou  de sanctions. Mais nous pensons qu’il y a plus de dramatisation que de réalité. C’est pourquoi nous attendons que les preuves soient établies et qu’on nous les montre.
Q. : Nous allons évoquer la question de la justice, avec cette guéguerre  autour du conseil de discipline, qui a mis d’office à la retraite deux juges et  pas des moindres, notamment la présidente du Conseil supérieur de la magistrature. On a vu que vous avez écrit également pour demander un certain nombre de dispositions au niveau de la justice pour éviter ce spectacle. Qu’est-ce que cela vous inspire  comme réflexion ? 
R.M.C.K. : J’ai écrit simplement pour dire qu’il n’était pas bon que pour une institution comme la justice, on  puisse se donner en spectacle. Et que nous avons, pas très longtemps, opté pour l’indépendance de la justice. J’ai écrit, comme vous l’avez constaté, mais je n’ai pas eu droit à une écoute. Malheureusement, toutes les procédures sont parties maintenant au niveau de la justice, entre les différents camps. De ce point de vue, nous allons attendre que l’ensemble de ce processus se termine, avant d’essayer de voir comment nous allons mettre les acteurs  dans une discussion beaucoup plus constructive et  plus  structurante pour le domaine de la justice.
Q. : Justement, il y a cette justice militaire qui est l’objet de toutes les polémiques. Est-elle au-dessus de la Constitution, c’est la grande question, avec ce que l’on a constaté dans le cadre du procès du putsch ?
  R.M.C.K. : C’est un débat qui est dépassé.  Aujourd’hui, nous sommes au niveau du procès sur des questions de procédure, et j’ai bon espoir.  Vous savez  que c’est cela aussi la justice dans  l’Etat de droit.  Il y a des règles, il y a des procédures.  Nous sommes, malgré l’impatience que les uns et des autres peuvent avoir, obligés d’en tenir compte.  Mais je reste convaincu que la justice sera dite, parce que nous ne pouvons pas indéfiniment continuer à traîner ou à reporter le procès sur cette base.  L’un  des éléments qui va nous permettre d’aller  à ce que tout le monde réclame, la réconciliation nationale, c’est qu’il y ait la vérité et la justice. Comment pourrons-nous aller à une réconciliation nationale,  si ces questions ne sont  pas réglées ?  Il y va donc de l’intérêt de ceux qui sont aujourd’hui  accusés de ceci ou cela, que la lumière soit faite pour tout le monde et pour tous les Burkinabè.
Q. : Vous avez décidé d’aller vers Pékin  après la rupture des relations avec Taïwan.  Alors que cela ne faisait pas partie de votre programme politique pendant la campagne électorale.  Qu’est-ce qui explique ce revirement à 180° à la dernière minute M. le président ?
R.M.C.K. : Ce n’est pas une histoire de revirement. On ne met pas dans un programme politique qu’on va quitter un pays.
Q. : Vous avez pourtant dit vouloir continuer avec Taïwan lors d’une interview en décembre… 
R.M.C.K. : Evidemment,   j’ai continué après cela. Nous avons décidé d’arrêter nos relations avec Taïwan pour, d’abord, les intérêts supérieurs du Burkina.  Nous avons besoin d’entrer dans des programmes qui sont  structurants pour l’économie et pour le développement de notre pays. Quand je parle de programmes structurants, je veux parler des problèmes d’infrastructures, de développement agricole, d’industrialisation, d’électrification, etc. Le problème avec Taïwan, c’est que nous n’avons pas suffisamment  de ressources pour faire ces investissements productifs. C’est vrai  qu’il nous aide dans un certain nombre de secteurs. C’est un saupoudrage qui est fait, mais qui fondamentalement ne peut  pas changer la physionomie de notre économie.  Le second aspect, c’est que tous les projets sous régionaux que nous partageons avec les autres ont des difficultés, parce que quand  nous parlons du financement  du G5 Sahel,  on dit que nous n’avons pas de relation avec  le Burkina, on ne peut pas financer.  Idem pour le chemin de fer Ouaga-Accra, que nous voulons faire.  Nous avons donc décidé qu’il était important, aussi bien sur le plan national que sous régional,  que nous puissions aller dans le sens de l’histoire.  Quoiqu’on dise, la Chine compte parmi les pays les plus puissants du monde aujourd’hui, car pouvant contribuer à  nous aider  dans l’essor économique.
 Q. : On va parler de votre style de gouvernance. Ça vous fait quoi d’entendre dire  qu’on a un pouvoir sans autorité.  On a l’impression qu’il n’y a pas de capitaine dans le bateau.  On l’a vu récemment avec la démission d’un ministre, avec  des mots très durs.  Il y en a  qui parlent même de pouvoir « diesel »…
R.M.C.K. : Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de rage,  comme le dit un proverbe. Dans tous les cas de figure, ce ministre a travaillé longuement avec nous.  Et  je dois dire pour expliquer sa sortie, qu’il n’avait pas d’autres arguments que ceux utilisés. C’est tout.  Deuxièmement, nous sommes dans un pouvoir où il faut partir à point.  Il ne s’agit pas de courir, ni de saupoudrer, mais de construire un avenir qui survit à nos propres personnes.  De ce point de vue, j’écoute toujours la presse et ce qui se dit ça et là.  Que le pouvoir est diesel, qu’il n’y  a pas d’autorité.  Il y a bel et bien une autorité et je voudrais vous rassurer  que le bateau est bien mené.  Celui qui estime qu’il n’est pas mené n’a qu’à se tromper, il le saura.   C’est clair.
 Q. : Qu’avez-vous à dire aux Burkinabè qui se demandent si ce pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré, qui prend l’eau un peu partout, pourra aller jusqu’en 2020 ?  
  R.M.C.K. : Personne ne construira le pays à notre place. Le Burkina Faso n’a pas d’autre richesse en dehors du travail des Burkinabè. Le Burkinabè a été reconnu comme un travailleur, quelqu’un qui aime son pays. Nous devons continuer à cultiver  ces valeurs de l’intérêt national et du travail collectif, et éviter la rhétorique.  Il est facile d’être dans des salons et de faire des déclarations.  La question que l’on doit se poser, chacun, c’est de savoir quelle est notre contribution à l’évolution du Burkina Faso.  Nous arriverons forcément en 2020.
  Q. : Est-ce que vous pensez déjà à une candidature pour 2020  pour un deuxième mandat ? 
 R.M.C.K. :   Dans la loi, je dois faire un deuxième mandat.  Dans l’esprit, je me battrai pour réaliser mon programme et je me représenterai en 2020.
Q. : Est-ce que vous réitérez l’engagement  que les Burkinabè de la diaspora vont voter en 2020 ? 
R.M.C.K. : L’engagement est pris. C’est un engagement sur lequel je ne recule pas.  J’ai dit qu’il faut que les Burkinabè de l’étranger participent aux élections et tout sera mis en œuvre pour cela. Je voudrais profiter de cette occasion pour saluer le monde rural  pour l’abnégation et l’engagement pour nourrir notre pays.  Je souhaite qu’il y ait de bonnes récoltes et une bonne pluviométrie.  Je profite également  présenter mes condoléances aux familles des personnes décédées.   A tous les sinistrés, je voudrais dire que  l’Etat  sera à leurs côtés pour trouver des solutions afin de leur permettre de se réinstaller et vivre décemment.  Je voudrais insister encore une fois sur la nécessité que nous puissions tous mettre balle à terre dans ce pays, et  qu’au niveau du ministère de l’Economie et des finances, 0 tout le monde puisse reprendre le travail et  que nous réintégrons le dialogue.  Nous  devons déterminer l’avenir ensemble. Je voudrais exhorter les Burkinabè au travail, car nous bavardons beaucoup.
Entretien retranscrit par la rédaction
Source : Sidwaya n°8678 du lundi 25 juin 2018

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