Général Gilbert Diendéré : « J’assume ce que j’ai fait, s’il y a des conséquences, j’assumerai… »

Au troisième jour de son audition, le général Gilbert Diendéré était dans la « casserole » du ministère public, toute la journée. L’accusé est resté droit dans ses rangers militaires. Il assume ses actes, mais une fois de plus, tout en martelant que la haute hiérarchie militaire devrait être dans le box des accusés, si tant est que le procès a pour but la manifestation de la vérité sur le coup d’Etat de septembre 2015. Il a aussi tenté de démontrer que l’attentat à la sûreté de l’Etat n’était pas préparé à l’avance, contrairement au parquet qui, avec ses arguments, a avancé que la commission de l’infraction a été avec préméditation.

Déchargé de son poste de chef d’état-major particulier du président du Faso, le général Gilbert Diendéré n’avait plus aucune fonction officielle ni au Régiment de sécurité présidentielle (RSP), ni au sein de l’armée. Il était à la maison, comme il le dit. Et logiquement, il n’avait aucune troupe sous son commandement. « Je ne commandais que ma femme et mon enfant », avait-il dit le 27 novembre dernier. Et pourtant. Il fut celui qui a plusieurs fois été appelé à la rescousse suite aux crises répétitives au sein de son corps d’origine.

Le président Michel Kafando, le Premier ministre Yacouba Isaac Zida, le Mogho Naaba, les ambassadeurs de France et des Etats-Unis d’Amérique, se sont chaque fois tournés vers Golf. Le ministère public ne comprend pas pourquoi celui qui n’avait plus de fonction a pu être au centre des différentes crises. Pour l’intéressé, c’est juste parce qu’il avait déjà proposé des solutions de sortie de crise que toutes ces personnalités se tournaient vers lui, mais, précise-t-il, il n’était pas la clé de la solution.

Aussi, aux premières heures de l’arrestation des autorités, le général a instruit le chef de corps, le commandant Korogo, de sonner l’alerte au sein du camp Naaba-Koom. « A quel titre avez-vous donné un tel ordre, puisque vous n’étiez plus habilité à en donner ? », a demandé le parquet. L’accusé retourne la question. A quel titre toutes ces personnalités l’appelaient pour aider à trouver des solutions ?

Pour lui, il ne s’agissait pas d’ordre, mais de conseils de grand-frère à petit-frère pour éviter que les éléments du RSP soient à la base de problèmes en ville. Le ministère public poursuit, par la voix de Mamadou Traoré. 
Il doute que, dans le principe du commandement militaire, il y ait aussi des conseils. « Tout le mal est venu de là, vous n’avez aucune fonction officielle, mais vous donnez des ordres, c’est ce qui a contribué à casser la chaîne de commandement », commente le parquet.

« Ce qui m’intéresse, ce sont les victimes qui sont couchées au cimetière »

Le ministère public a tenté surtout de démontrer que l’acte du coup d’Etat était préparé. La preuve, quand des éléments du RSP sont allés chercher le général Diendéré à son domicile après l’arrestation des autorités de la Transition, celui-ci est sorti avec, dans sa poche, la mouture des griefs contre la Transition, ce qui a, par la suite, servi à écrire la déclaration de prise de pouvoir.

Mais pour l’intéressé, il n’en est rien. Ce n’était pas préparé. Il est certes parti avec ladite feuille, mais ce n’était pas la seule. Ayant déjà fait des propositions de sortie de crise auparavant, il est sorti avec tous ses documents.

En plus, la préméditation soutenue par le ministère public tient au fait qu’à la rencontre avec les membres de la CRAD (Coordination de réflexion et d’aide à la décision) et à celles qui ont suivi, le général a représenté les preneurs d’otage, parlant en leur nom, jusqu’à ce qu’il soit proclamé président du CND. Pourquoi ? A cette question, l’accusé fera savoir qu’il n’était pas seul à discuter ; en plus, il ne s’est pas auto-proclamé président. Ce fut la résultante des différentes négociations avec la hiérarchie militaire et les sages.

D’ailleurs, et une fois de plus, Diendéré a émis des réserves sur la réelle volonté du tribunal de faire la vérité sur cette affaire de coup d’Etat. Si tel était le cas, soutient-il, la hiérarchie militaire devrait être aussi dans le box des accusés. « Ils ont leur place dans le box », soutient-il, parce que certains de ses co-accusés n’ont pas fait le centième de ce que ces chefs militaires ont fait pour conforter le CND.

Mais pour le procureur, c’est l’accusé qui est devant lui qui l’intéresse. Réponse du général Diendéré : « Moi, ce qui m’intéresse, ce sont les victimes qui sont couchées au cimetière, les parents des victimes qui veulent la vérité ».

« J’assume, mais… »

« J’assume pleinement mes responsabilités », a martelé l’accusé, qui note que si l’on veut une justice équitable, de laquelle la vérité jaillira, il ne faut pas jouer un jeu trouble. Les chefs militaires, qui sont d’ailleurs ses promotionnaires depuis la classe de 6e au Prytanée militaire de Kadiogo (PMK), et qu’il connait jusqu’aux numéros matricules, doivent comparaître. Plus loin, il précisera : « J’assume, je le répète ». Mais cela ne veut pas dire qu’il a fait telle ou telle chose.

Assumer signifie seulement qu’il a pris la tête du CND et l’a dirigé, avec bien-sûr l’onction de la hiérarchie militaire et des sages. Mais assumer, selon lui, ne signifie pas préparer, planifier, exécuter, commanditer. 
En se référant à la définition que le Larousse 2018 donne du mot « assumer », le parquet demandera à l’accusé s’il est prêt à accepter les conséquences du coup d’Etat. « J’assume mes responsabilités, mais je ne vais pas dire ce que je n’ai pas fait », répondra l’intéressé.

Les conséquences pourraient découler de tous ces morts décomptés dans le cadre du coup d’Etat. Ils sont treize. Lors des enquêtes préliminaires, le présumé auteur du coup d’Etat a confessé avoir été marqué, choqué par ces morts et blessés parce qu’il ne pensait pas qu’il y aurait de tels dégâts. 
Ce serait d’ailleurs l’une des raisons qui ont conduit à sa décision de ne plus continuer l’aventure et de remettre le pouvoir. Il a aussi regretté le fait que l’enquête ait été précipitée, de sorte qu’il n’y a pas eu d’autopsie, ni d’analyse balistique pour connaître la vérité sur ceux qui ont été à la base des tirs.

En tout cas, quand il était président du CND, le général précise qu’il n’a jamais demandé à qui que ce soit de commettre des exactions. « L’ordre n’a jamais été donné d’aller frapper quelqu’un en ville, mais plutôt d’avoir une présence dissuasive », a-t-il expliqué, parce que, selon lui, il y avait des informations sur des risques d’affrontement entre anti et pro-coup d’Etat.

Mais Diendéré a révélé à la barre l’existence d’un certain comité de résistance composé de membres de partis politiques dont il a tait le nom. « J’ai des comptes rendus de réunions du comité de résistance composé de certains membres de partis politiques, dans lesquels il est écrit qu’il fallait faire le maximum de victimes, surtout des enfants, et le mettre sur le dos du RSP. (…). J’ai aussi la liste et les numéros de téléphones de tous ceux qui ont participé à ces réunions », a expliqué l’accusé pour mettre un bémol sur les auteurs des tueries.
L’interrogatoire du général Gilbert Diendéré se poursuit le 30 novembre prochain.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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