Massacre de Yirgou: Grande marche de protestation à Ouaga et à Dori

Après sa conférence de presse le jeudi 10 janvier 2019 où il avait déjà dit son indignation face aux tueries de Yirgou, le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CICS) a encore, à travers une marche silencieuse le samedi 12 janvier à Ouagadougou et à Dori, dénoncé les exactions qui ont coûté la vie, selon son bilan, à 70 personnes et fait plus de 6000 déplacés.

Criant plus jamais ça au Burkina, le Collectif a aussi demandé justice pour les victimes et appelé à la cohésion nationale.

De la Place de la Nation où les consignes de marche et autres informations nécessaires ont été donnés peu après 9h aux marcheurs massivement mobilisés, les marcheurs ont arpenté les artères de Ouagadougou selon l’itinéraire suivant: Place de la Nation-Cathédrale- Avenue Kwamé N’krumah-Rond point des Nations unies-Place de la Nation.

Plusieurs miliers de personnes ont répondu à l’appel du Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CICS), une coalition d’organisations de la société civile, né aux lendemains du massacre de Yirgou, qui a initié cette marche-meeting pour dire plus jamais ça au Burkina et aussi appelé l’ensemble des Burkinabé à la cohésion.

Du coté du gouvernement, aucun représentant n’a assisté à la marche et aucune communication officielle n’a été faite à cet effet. Les manifestants, certains se tenant la main, en rang serrés, ont commencé à arpenter les artères de Ouaga.

En rang serrés et se tenant parfois la main les populations ont marché dans le silence et seuls les pancartes et les tee-shirts ont servi à traduire les différents messages tout au long du circuit. « Que nous soyons Bobo, Gourounsi, Peul, Sénoufo…Peu importe, nous sommes tous Burkinabé d’abord et nous devons préserver le Faso et le défendre », « Vive  la cohésion entre les communautés. Touche pas à notre vivre-ensemble », « Vérité et Justice pour nos morts », pouvait-on en effet lire.

Les messages, plus officiels, seront livrés, à 11h passées d’une trentaine de minutes, quand les marcheurs sont revenus à la Place de la Nation pour tenir le meeting. Le ton a été donné par un collectif d’artistes Burkinabé composé entre autres de Solo Dja Kabako, de Dicko fils, d’Idak Bassavé et de Sana Bob, qui a entonné un chant en hommage aux victimes de Yirgou, bien apprécié du public. A tout Seigneur, tout honneur, le Président du CISC, Assane Barry, la soixantaine bien sonnée, s’appuyant sur une canne pour
marcher, est le premier à prendre la parole. L’heure est si grave au Burkina, a t-il relevé, qu’il faut qu’on se parle franchement pour que l’avenir soit plus radieux.

Et de se réjouir de la forte mobilisation à la marche : « Les 60 ethnies du pays sont ici aujourd’hui ». Sagement, il a invité tous les Burkinabé à l’union.
A sa suite, le porte-parole du Collectif, Dr Daouda Diallo, est revenu sur les circonstances de création du CISC, un regroupement apolitique et laïc, ses objectifs dont le premier est de « lutter contre l’impunité des crimes et délits fondés sur l’identité » et son organisation. Du bilan actuel du massacre de
Yirgou, il a indiqué que c’est au moins 75 morts, de nombreux blessés, 6 000 déplacés, des biens détruits et les animaux des déplacés pris en otage par les Koglwéogos. « L’autorité de l’Etat, contrairement aux tergiversations auxquelles nous assistons au détour de la gestion de cette crise, doit s’affirmer plus que jamais pour que cesse ce cycle de violence des burkinabè contre des Burkinabè », a t-il lancé avant de lancer cet appel plein de sens :
« Le terrorisme n’a pas d’ethnie ni de nationalité. C’est un fléau mondial qui menace tous les équilibres. Evitons donc de tomber dans la conjecture et la stigmatisation en cherchant à identifier
nos bourreaux. Les citoyens doivent se départir des accusations gratuites et fortuites, de même que les préjugés, au nombre desquels le délit de faciès. En voulant dresser le portrait-robot du terroriste, nous ne devons pas lui attribuer un faciès ethnique ».

Le Dr Diallo a plaidé pour une meilleure organisation de l’assistante sociale sur place à Yirgou et aussi appelé à la contribution des autorités administratives et coutumières dans la gestion des conflits, non sans revendiquer justice pour le chef de Yirgou et sa famille ainsi que pour toutes les autres victimes.
« Nous devons tous avoir à l’esprit que le manque de justice nous conduira inéluctablement à une situation dramatique et irréparable et quand le crime reste impuni, le monde n’est pas harmonieux », a également relevé Me Ambroise Farama qui a exigé la manifestation de la vérité et de la justice sur l’affaire de Yirgou. Aux populations, il a, au nom du CISC, invité à renoncer à toute forme de stigmatisation et appelé à la dissolution du groupe d’auto-défense Koglwéogo. Les Koglwéogos sont accusés d’être les auteurs des exactions de la communauté peule le 1 er janvier à Yirgou.

A Dori également les populations se sont mobilisées pour exprimer leur indignation face au drame qui s’est produit à Yirgou et qui a contraint de miliers de population à l’excile forcé dans leur propre pays.

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