Royaume de Boussouma : Naaba Sigri élue nouveau Dima

Samedi 10 août 2019, jour de cérémonie d’élection d’un nouveau Dima à Boussouma. Ils ne sont pas nombreux dans les cantons et les villages du ressort coutumier du royaume à l’avoir vécu. En effet, la dernière, à savoir celle du regretté Naaba Sonré, remonte au 30 décembre 1967 (Ndlr : environ 52 ans). Cette journée est donc mémorable dans la contrée, car elle offre l’occasion aux populations et aux spécialistes des questions culturelles d’être des témoins oculaires d’un pan de l’histoire de l’un des nombreux royaumes du Burkina Faso.

Selon le Baloum Naaba,  Boussoum Kougr-Zougou de Korsimoro est la première capitale du royaume. Les tout premiers Dima s’y sont installés. C’est sous le règne de Naaba Kienga (Ndlr : vers 1723, selon les historiens) que la capitale du royaume a été délocalisée à Wayuguiya, dans l’actuelle commune de Boussouma. En dépit du changement de la capitale, les cérémonies coutumières d’inhumation des défunts rois et d’intronisation des nouveaux Dima s’effectuent toujours à Boussoum Kougr-Zougou de Korsimoro.

  Pour le trone de Boussouma il y avait  deux prétendants. Les deux  «nabiisi», (princes)  candidats étaient ptrésent sur le lieu sacré d’intronisation et attendaient le verdict du collège électoral. Vêtu d’une tenue traditionnelle en cotonnade blanche, Donald Karim Ouédraogo, fils aîné du regretté Dima Naaba Sonré, le « nabikienga »ou héritier présomptif est le premier à s’installer, sur une peau de mouton, entouré de ses supporteurs, fortement mobilisés pour la circonstance. A ses côtés, une fillette d’une dizaine d’années dénommée « Kourita » (reine intérimaire du trône), coiffée d’un bonnet aux couleurs de chef traditionnel moaaga. Prennent place par la suite le second prétendant, Kassoum Ouédraogo, fils de feu Dima Naaba Koutou, 29e roi du royaume, et sa suite. Contrairement au premier, lui est habillé en basin violet, et assis à même le sol.

 

 

 

 

Les princes prétendants et leur suite sont invités à se rendre sur le site d’intronisation des rois, situé à environ 500 mètres du palais. C’est en ces lieux, nous a confié un natif de la localité, que s’est installé Naaba Bigswendé, le fondateur du royaume, en 1530. Au milieu du site délimité à l’aide de cordes, se trouvent deux enclos en paille. Des agents de police aidés par la sécurité du chef et des éléments des groupes d’auto-défense koglweogo veillent au maintien de l’ordre. Les notables, les deux princes prétendants et leur suite ainsi que les journalistes sont autorisés à accéder à l’intérieur du site.

Au rythme des tam-tams, le chef de Boussoum Kougr-Zougou fait son entrée sur l’aire du site sacré, accompagné de notables et de femmes qui portent sur la tête des canaris et des plats. Le président du collège électoral et quelques notables s’introduisent dans un des enclos pour effectuer les derniers rites coutumiers qui précédent l’étape de la nomination du nouveau Dima.

Un messager informe les candidats des premières étapes que doit effectuer l’heureux élu après sa nomination. Le fils aîné du regretté Dima Naaba Sonré, qui tient dans la main droite une lance, est à ce moment-là sur un cheval. Selon les coutumes, c’est un tam-tam qui annonce le nom du nouveau roi. Le messager commence à battre son tam-tam. Toute l’assistance prête une oreille attentive aux sons. Les initiés, eux, comprennent les messages qui sont prononcés.  Des cris de joie dans le camp du grand prince. Fin du suspense. Donald Karim Ouédraogo est nommé Dima de Boussouma. Il succède à son père, Naaba Sonré. Le nouveau Dima doit d’abord se soumettre aux rites d’intronisation pendant 30 jours, avant de retrouver son palais.

Qui est Naaba Sigri, le nouveau Dima ?

Selon une source proche de la cour royale, Naaba Sigri, à l’état civil Karim Donald Ouédraogo, est le premier fils de feu Naaba Sonré et de la reine Mariam. 
Né le 2 novembre 1974 à Boussouma, il a été intronisé 32e roi, le samedi 10 août à Kougr-Zougou.

Il a pris pour nom de règne « Naba Sigri (début d’hivernage, prospérité) », qui se décline comme suit : « Sigr guind bõna mènga » (celui qui refuse l’hivernage s’est fait un grand tort !) ; « Sigr boum boul’r kon ko’ n neer yé » (tout ce qui germe en début d’hivernage a toujours une beauté) ; « Ned sen nong sigri, biè pindin beol sigri, ned sen pa nong sigri biè pindin beol sigri, ti sigr ka vaalg yé » (celui qui refuse ou qui abhorre l’hivernage, qu’il se prépare car tôt ou tard la saison viendra). Après avoir été appelé un moment Naaba Ligdi, ce sera donc Naaba Sigri son nom de règne définitif.

Il a obtenu son baccalauréat série D au Collège protestant de Ouagadougou, en 2000, et son BTS/DUT en finances et comptabilité à l’Ecole supérieure de commerce et d’informatique de gestion (ESCO-IGES) à Ouagadougou, en 2002. En 2013, il poursuit ses études en Gestion comptable et financière des projets à Paris, en France.

En 2014 il obtient sa licence professionnelle en Science de gestion à l’Université Aube nouvelle et poursuit ses études en Gestion administrative et financière des projets et programmes à Casablanca, au Maroc. Il a aussi fait des formations en clôture de comptes et élaboration d’états financiers des projets et programmes en 2015 à Lomé, au Togo. Il repart à Casablanca pour des formations en procédures de décaissement des bailleurs de fonds, en 2017.

Au moment de son intronisation, il était en poste au Programme d’appui aux collectivités territoriales (PACT), à Ouagadougou.

Agé de 45 ans, Naaba Sigri prend le contrôle des douze cantons du royaume, au moment où le Burkina, et particulièrement la région du Centre-Nord, vit une situation sécuritaire préoccupante.

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