L’administration publique du Burkina Faso : Pourquoi les femmes ne s’intéressent pas au métier de conducteurs ?

Une enquête sur la réticence des femmes à exercer le métier de chauffeur de l’Etat a été effectué dans la ville de Ouagadougou en décembre 2016 afin de déceler les raisons. A cet effet des chauffeurs, des responsables administratifs et quelques riverains ont été interviewés mais dans le cadre du rendu de ce travail, l’anonymat de ces personnes a été gardé pour des questions professionnelles.

Photo illustrative

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De l’ensemble des enquêtés, ce qui est mis en évidence c’est que les femmes elles-mêmes ne sont vraiment pas intéressées par ce métier pour raison de fidélité et de disponibilité que ce métier exige. C’est d’ailleurs ce que soutient ce chauffeur âgé de 43 ans du Ministère de l’économie et des Finances d’un niveau supérieur : «les femmes ne viennent pas envers ce métier par soucis de fidélité. Aussi elles trouvent gênant d’être chaque fois avec un homme autre que leur mari, sans oublier les horaires de travail non déterminés ». Sur cette question les responsables de l’administration abondent dans le même sens.

Il y a ceux qui pensent que cela s’explique par le fait que leurs époux ne sont pas d’accord à ce qu’elles exercent ce métier compte tenu des conditions de travail (abandons du foyer pour des missions pendant plusieurs jours), des considérations de la société ; on les voit comme des infidèles, débauchées, surtout le temps qu’exige le métier. C’est ce que note un enquêté de 49 ans, niveau supérieur : « Il y a effectivement une réticence des femmes à exercer ce métier car comme vous l’avez souligné, les harcèlements sexuels, les préjugés de la société, certaines pratiques culturelles, les tâches de femme de foyer ne favorisent pas leur accès à ce métier ». A cela s’ajoute les descentes à des heures tardives et son état de femme surtout en cas de situation de grossesse comme le souligne un enquêté de 44 ans niveau post primaire du ministère de la communication : « Oui il y a réticente parce que ce métier n’est pas fait pour les femmes. J’ai une fois vu une femme enceinte du premier ministère conduire un véhicule de 6h à 20h avec à bord une vingtaine de personnes pour parcourir les villages de Koupéla à Pouytenga pour revenir à Ouagadougou dans la même soirée et cela ne m’a pas laissé indifférent ».

En plus, il y en a d’autres qui disent que la femme n’a pas la force physique nécessaire pour exercer le métier, le non-respect du métier et aussi la dureté des taches qu’il exige. Évoquant la dureté de ce métier comme motif de réticence des femmes, un enquêté de 46 ans, niveau secondaire du ministère de l’économie et des finances, affirmait en ces termes: « Il y a réticence de la part des femmes et c’est surtout les difficultés du métier (lavage du véhicule, mécanique en cas de panne, entretient du véhicule), statut du métier (métier et chauffeurs non respecté) qui amène les femmes à être réticente. Je dirai que les hommes sont là parce qu’ils n’ont pas autre choses à faire. Bien que les femmes aient des permis C elles ne vont pas vers ce métier car les chauffeurs travaillent sous des pressions et des ordres pendant que les femmes n’aiment pas travailler dans ces conditions. Aussi certaines conditions de travail pendant les missions(les chauffeurs sont abandonnés à leur risque et péril) ne les motivent pas à vouloir de ce métier ».

En outre, d’autres opinions de la société émergente sur cette réticence par le fait que d’une part leurs maris les empêchent de postuler et la société considère le métier comme réservé aux hommes. Et d’autre part, les risques liés au métier (accidents, harcèlement sexuel …) ne les encouragent pas. C’est dans ce sens qu’un étudiant de 27 ans cite : « Oui plus ou moins, parce que les maris seront réticents du fait que leurs femmes doivent souvent les quitter pour des missions d’une ou de deux semaines. Pour une femme chauffeuses, on entendra tout sur elles, infidèle, adultère etc. Les femmes sont émotionnelles donc, certaines ne peuvent pas être chauffeuses parce qu’il n’est pas évident qu’elles prennent les bonnes décisions aux bons moments face aux dangers pendant la conduite ».

A contrario, certains affirment que les femmes postulent au concours de recrutement de chauffeurs mais les résultats ne leurs sont pas favorables. Ainsi, atteste un enquêté de 43 ans, d’un niveau secondaire du Ministère du Commerce : «Non, elles ne sont pas réticentes, elles postulent en grand nombre mais ne sont pas admises».

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