Accueil A LA UNE Rencontre gouvernement/syndicats : Une reprise bonne pour le moral

Rencontre gouvernement/syndicats : Une reprise bonne pour le moral

0

Le gouvernement et les syndicats burkinabè se sont retrouvés, les 6 et 7 février derniers à Ouagadougou, pour leur rencontre annuelle. Après quatre ans de suspension, les deux parties renouent les fils du dialogue sur les préoccupations des travailleurs. Certes, les points de revendication ne trouveront pas tous satisfaction. Mais, la reprise du dialogue est bonne pour le moral des parties prenantes.

Rencontre gouvernement/syndicats

Entre le gouvernement burkinabè et les syndicats, c’est comme l’arbre et l’écorce. Il ne faut pas mettre le doigt. Entre les deux, c’est également comme les dents et la langue dans la bouche. Il peut arriver que les premières mordent la seconde, mais elles demeurent toujours ensemble. C’est ce qu’il a été donné de constater depuis un certain temps entre l’Exécutif et les syndicats.

Cette semaine finissant a été marquée par la tenue de la rencontre gouvernement/syndicats les 6 et 7 février. La suspension a été relativement longue (4 ans) que l’on a commencé par se demander si cette rencontre annuelle, instituée en 2008, allait reprendre un jour. Mais comme on dit, seules les montagnes ne se rencontrent pas. Sinon, tout ce qui bouge finit par se croiser. Le gouvernement et les organisations syndicales ont fini par renouer les fils du dialogue. La dernière fois qu’ils se sont rencontrés remonte à 2021.

Ce n’est pas que les préoccupations, les revendications des syndicats, qui avaient disparu par enchantement. Celles-ci n’ont jamais manqué si elles ne se sont pas accumulées, décuplées. Seulement, les conditions d’un examen serein des revendications n’étaient plus réunies. En 2021, sous le régime de Roch Marc Christian Kaboré, le terrorisme avait imposé son agenda et la lutte contre cette hydre était la plus grande des préoccupations au regard des drames qu’il causait. L’union sacrée face au péril qui menace la nation était devenue un leitmotiv. Dans ces conditions, il était difficile de parler de revendications corporatistes sans être taxé d’égoïste.

Les deux coups d’Etat de janvier et de septembre 2022 du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) ont mis sous l’éteignoir beaucoup de revendications sociales dont celles des syndicats. L’heure était plutôt à la sauvegarde de la nation, à l’évitement du naufrage collectif.

Toutefois, la porte du dialogue n’a pas été complètement fermée. Le gouvernement a toujours reçu les cahiers des doléances des syndicats remis chaque 1er Mai à l’occasion de la Journée internationale du travail. Seulement, la rencontre annuelle n’a pas se tenir. Les syndicats ont évoqué une atmosphère non propice à des négociations sereines. L’exemple mis en avant est les menaces proférées par des soutiens du pouvoir après l’annonce, par une coalition d’organisations syndicales et de la société civile, d’un meeting en fin octobre 2023 pour marquer l’insurrection populaire de 2014 et le putsch avorté de 2015 contre la première Transition. Le point de non retour dans la rupture a même été atteint avec le licenciement pour abandon de poste, en 2024, du Secrétaire général de la Confédération générale de travail du Burkina (CGT-B), Moussa Diallo, entré en clandestinité après une tentative d’enlèvement. La marche de remise du cahier de doléances a été aussi interdite par la Délégation spéciale de la commune de Ouagadougou lors du 1er mai 2024.

Des fils entremêlés mais pas cassés

Le contentieux était lourd et on pensait le dialogue entre le gouvernement et les syndicats irrémédiablement rompu. Mais surprise ! Les fils, entremêlés mais pas cassés, viennent d’être renoués. Les deux parties se sont donc retrouvées durant 48 heures pour examiner les engagements pris par le gouvernement en 2015, en 2016 et en 2021. Elles se sont penchées aussi sur les réponses du gouvernement au cahier des doléances du 1er mai 2022. Comme c’est de coutume, c’est le Premier ministre qui préside l’ouverture de la rencontre. Jean Emmanuel Ouédraogo a ainsi donné le coup d’envoi de cette rencontre, première de son magistère.

A l’arrivée, et selon le communiqué final de la rencontre, 13 des 31 points de revendication de ce cahier ont trouvé un écho favorable du gouvernement qui a également pris de nouveaux engagements. Tant le chef de gouvernement que le représentant des syndicats, chacun s’est réjoui de la reprise du dialogue. Ainsi, le président de mois des centrales syndicales, El hadj Inoussa Nana, a déclaré, le premier jour de la rencontre, que « l’UAS se réjouit de la tenue de la rencontre gouvernement/organisations syndicales de travailleurs qui n’a pas eu lieu depuis 2021 ». A la clôture, il a fait savoir que « nous souhaitons qu’on puisse garder le contact, qu’on puisse continuer à échanger sur des questions qui concernent le monde du travail. Nous ne sommes pas des opposants. Nous sommes des partenaires sociaux ».

De son côté, le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Protection sociale, Mathias Traoré, déclarait au même moment que « cette rencontre a été pour nous l’occasion de manifester l’engagement du gouvernement à être à l’écoute des attentes légitimes des populations ».

La reprise du dialogue était donc attendue de part et d’autre. Le dialogue permet de se parler, de chercher ensemble des solutions aux préoccupations. Le Premier ministre Ouédraogo ne croyait pas si bien dire lorsqu’il affirmait, dans son discours d’ouverture de la rencontre, que « le dialogue social reste et demeure le ferment d’une évolution sociale concertée et consensuelle entre les acteurs de la Nation ». En attendant la concrétisation des engagements du gouvernement, la reprise de la rencontre est bonne pour le moral.

 Save as Image