Il était l’un des candidats les moins attendus à la présidence de la Fédération burkinabè de football. Et à quelques semaines de l’élection, il se présente comme l’un des grands favoris dans la conquête de la faitière du sport roi national. Lazare Banssé, puisque c’est de lui qu’il s’agit, se définit comme le candidat du renouveau, mais qui va bâtir son projet sur des acquis du président sortant, Sita Sangaré. Même s’il a le soutien de ce dernier, dans cet entretien, Lazare Banssé ne voit pas un deal entre lui et son… futur prédécesseur.

 

Pouvez-vous nous dire les motivations réelles de  votre candidature à la tête de la Fédération burkinabè de football ?

 

Nous sommes nombreux de ma génération à avoir joué au football dès l’âge de 6 ans les pieds nus dans des conditions très sommaires, avec des poteaux en caillou sur des terrains poussiéreux et des ballons fabriqués par nos soins et faits de matériaux ramassés çà et là. Ma passion et mon amour du football ont commencé à ces moments-là alors que nos parents étaient très réservés sur cette passion que partageait la jeunesse parce que, pour eux, il fallait se concentrer sur les études.

J’ai organisé dans mon quartier à l’âge de 12 ans une compétition de football avec comme trophée mis en jeu un verre. C’est avec beaucoup d’émotion que je revisite cette période de ma vie. Un peu plus tard, j’ai commencé à fréquenter les stades et à apprécier le beau jeu et depuis, cet amour du ballon rond n’a pas faibli. C’est ainsi que j’ai assuré pendant 10 ans, soit de 2008 à 2018, la présidence du Conseil d’administration de l’Etoile filante de Ouagadougou (EFO), le club le plus titré du Burkina Faso. Sous ma présidence, l’EFO a remporté 2 titres de champion, 3 coupes du Faso, 1 super coupe AJSB (Association des journalistes sportifs du Burkina). Je suis actuellement le conseiller du président Sita Sangaré au sein du comité exécutif de la fédération burkinabè de football.

Ma candidature est donc fondée sur cette connaissance que j’ai du monde du football et mon expérience professionnelle dans le management des organisations à l’échelle nationale et internationale. J’ai surtout répondu à l’appel insistant des amoureux de ce jeu merveilleux qu’est le football, qui, des quatre coins du Burkina, m’ont convaincu qu’ensemble nous allons hisser le football burkinabè dans le concert des grandes nations.

 

C’est vrai que vous avez occupé des fonctions sportives, mais quels sont vos atouts intrinsèques pour remporter ce match décisif à la FBF ?

 

Il est difficile de parler de soi-même. Dans notre culture, cela ne se fait pas. Je souhaite laisser le soin à ceux qui me connaissent d’apprécier. Je peux cependant dresser le portrait-robot du bon dirigeant de la Fédération burkinabè de football, sans être exhaustif :

–              être attentif et à l’écoute des acteurs du football de la base au sommet ;

–              cultiver l’humilité et la patience ;

–              travailler en équipe ;

–              rassembler le monde du football ;

–              avoir l’amour du travail bien fait ;

–              être pétri de la culture du résultat.

 

Les conditions de candidature imposent le parrainage des associations, des ligues et districts. Quels sont vos soutiens ?

 

Vous savez que les candidatures ne sont pas officiellement ouvertes. Par respect pour ceux qui me soutiennent, je ne souhaite pas les nommer. Cependant, je puis vous dire que ma candidature est portée par les amoureux du ballon rond venant de tous les horizons du pays et de l’étranger.

 

On vous présente comme le candidat de substitution de Sita Sangaré, dont la candidature a été recalée, par la hiérarchie militaire.

 

Le colonel Sita Sangaré a dirigé notre football pendant huit ans avec un bon bilan. Il a fait un travail extraordinaire qui a porté notre sport roi dans les sommets du ballon rond africain et même mondial. J’ai beaucoup d’admiration et de respect pour l’homme en raison de son leadership. Sous ses deux mandats, le peuple burkinabè a vibré à l’unisson à deux reprises :

–              A la CAN 2013, où les Etalons seniors ont joué pour la première fois de leur histoire une finale africaine avec à la clé, un titre de vice-champion ;

–              A la CAN 2017, où les Etalons seniors ont joué une demi-finale historique contre l’Egypte, remportant la 3e place du tournoi.

Mes soutiens et moi-même partageons avec le président Sangaré une même vision du football et de son avenir. Nous défendons les principes d’un football altruiste qui valorise les acteurs à la base, les héros de notre football qui travaillent dans l’anonymat, loin des caméras et des micros. Je veux nommer les encadreurs des jeunes, les joueurs, les entraîneurs, les dirigeants de clubs, de districts et de ligues.

 

Y a-t-il un deal entre vous ?

 

Un deal ? Non ! Pas au sens que la langue française attribue à ce mot anglais. Je revendique plutôt le terme « New Deal », « Nouvelle donne » en français, pour faire référence au nom donné par le président Franklin Roosevelt des Etats-Unis à sa politique interventionniste mise en place entre 1933 et 1938 pour booster l’économie américaine. La nouvelle donne consiste à bâtir mon action autour des acquis engrangés au cours des années précédentes par l’équipe du président Sita Sangaré pour élargir et approfondir les horizons de notre football.

Je suis le candidat de la continuité mais aussi du renouveau.

Je veux être le président de l’ouverture et du dialogue.

Je ne ménagerai aucun effort pour tisser des rapports constants et confiants entre tous les acteurs de notre football.

 

Pour certains, le colonel Sita Sangaré n’a pas encore désarmé totalement : les choses pourraient-elles encore changer pour vous ?

 

Il faut savoir que le colonel Sita Sangaré siège dans les instances de la CAF et de la FIFA à des niveaux de responsabilité importants. Il est notamment membre du comité exécutif de la CAF, vice-président de la commission des affaires juridiques et des associations nationales de la CAF. Il est également membre de la commission développement de la FIFA. Sa présence dans ces organisations assure à notre pays une représentativité permettant de défendre les intérêts de notre football. Ce qui me paraît important aujourd’hui, c’est de soutenir notre compatriote Sita Sangaré afin qu’il accède à des postes encore plus importants au sein de la CAF et de la FIFA.

 

Depuis le forfait de Sita, on constate une inflation de candidatures à la FBF : que pensez-vous de vos adversaires ?

 

J’ai beaucoup de respect pour chacun des candidats. Je souhaite que l’élection se déroule dans le calme, dans la sérénité et dans un esprit de fair-play.

 

Tous les candidats comptent rehausser le niveau du football burkinabè : comment comptez-vous vous y prendre ?

 

J’ai un programme ambitieux qui vise à faire du Burkina Faso une grande nation de football. Les points clés de ce programme se déclinent de la façon suivante :

–              Rendre attractif notre championnat de D1, de D2 et de D3. Pour cela, nous allons renforcer la gouvernance des clubs et leur apporter un financement additionnel qui leur permettra d’équilibrer leur budget.

Le modèle économique du fonctionnement des clubs reposant sur la contribution financière d’un ou de quelques dirigeants est révolu et ne peut assurer la pérennité des clubs.

–              Assurer une activité sportive de bon niveau dans les régions et notamment dans les ligues pour permettre à l’ensemble des Burkinabè de participer à l’activité footballistique.

–              Assurer la représentation des 13 ligues dans les instances fédérales.

–              Poursuivre la politique de la relève et la formation des équipes de petites catégories au sein des clubs et de l’équipe nationale.

–              Promouvoir le football féminin et apporter un financement additionnel aux clubs féminins.

–              Accroître le nombre d’arbitres d’élite sur les plans national et international.

–              Mobiliser les supporteurs autour des clubs et de l’Union nationale des supporteurs des Etalons (UNSE).

–              Instaurer un partenariat constructif avec les journalistes sportifs.

–              Conquérir la CAN 2021.

–              Participer aux phases finales de la coupe du monde 2022 au Qatar.

 

Le football est devenu un enjeu politique, avez-vous le soutien des hautes autorités du pays ?

 

Ce que je puis dire, c’est que le prochain président de la Fédération burkinabè de football devra travailler en bonne intelligence avec les autorités du pays, notamment le ministre des Sports. Il devra veiller à assurer une saine et bonne gouvernance de la fédération, dont les activités sont financées en grande partie par le budget de l’Etat. Il devra également s’inscrire dans la politique sportive du pays.

 

Est-ce que le rôle du futur président de la FBF peut s’accommoder des exigences de votre fonction actuelle, vu vos nombreux déplacements en Afrique et dans le reste du monde ?

 

Certes, comparaison n’est pas raison mais tous les présidents qui se sont succédé ont associé leur fonction d’origine à la présidence de la Fédération. Je serai entouré d’une équipe d’hommes et de femmes compétents. Chacun jouera pleinement son rôle. Le management est un art, en particulier le management des associations comme la FBF. Cela requiert une intelligence collective basée sur le groupe, la concertation et le consensus. Il s’agira pour moi de m’assurer de l’atteinte des objectifs communs, de diriger, d’organiser, de planifier, de déléguer et de contrôler.

C’est ensemble que nous réussirons.

 

Entretien réalisé par

Kader Traoré

Source:  L’Observateur Paalga

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