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Mali : Paris et Bamako amorcent le dégel de leur relation

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En panne depuis plusieurs mois, la délivrance de visas à destination des ressortissants maliens pourrait reprendre. Ce premier geste esquissé par Paris pourrait aussi être le prélude à d’autres mesures de normalisation.

Un frémissement apparaît sur l’encéphalogramme jusqu’ici plat des relations diplomatiques franco-maliennes. Marc Didio, le chargé d’affaires à Bamako, milite pour revenir à un rythme normal de délivrance des visas, notamment pour les étudiants maliens. Depuis plusieurs semaines, le nombre de laissez-passer qui leur ont été accordés a sensiblement augmenté. De son côté, Bamako a autorisé le remplacement d’une partie du personnel de l’ambassade et l’arrivée d’autres ressortissants français sur son sol.

Le consulat français avait suspendu la délivrance des visas depuis le classement de Bamako en zone rouge (“formellement déconseillée”), le 7 août 2023. Les autorités maliennes avaient répliqué quasi immédiatement en adoptant la même mesure, “en application du principe de réciprocité”.

Si cette reprise perdurait, elle constituerait un premier geste concret de la part de Paris pour relancer sa relation jusque-là glaciale avec le pouvoir d’Assimi Goïta, et elle pourrait aussi constituer un prélude à d’autres mesures.

Un pouvoir jugé “cohérent et solide”

En coulisses, Paris souhaite opérer une distinction entre les trajectoires des trois juntes sahéliennes. Pour la diplomatie française, le pouvoir malien est jugé plus “cohérent et solide” que celui de ses voisins nigérien et burkinabè, avec lesquels les relations sont totalement coupées. Depuis plusieurs mois, Paris s’efforce de “maintenir des ponts” avec des acteurs hors junte, tels que le ministre malien des affaires étrangères, Abdoulaye Diop, un temps très critique envers la France.

Enfin, la lente et longue fragilisation du premier ministre Choguel Kokalla Maïga, destitué le 6 mars de son poste de président du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), pourrait favoriser cette reprise. Il est l’un des principaux porte-parole du discours anti-Français de Bamako depuis 2021.

Quoi qu’il en soit, la nomination d’un ambassadeur des deux côtés est très loin d’être à l’ordre du jour, même si Paris ne verrait pas d’un mauvais œil la désignation d’un nouvel ambassadeur de l’Union européenne (UE) à Bamako. La chancellerie européenne dans la capitale malienne en est dépourvue depuis le départ en mai 2023 du Belge Bart Ouvry. La diplomatie allemande milite depuis plusieurs semaines en ce sens.

Retour vers les bailleurs internationaux

La relation entre Bruxelles et la junte reste toutefois très fragile, alors qu’une partie des expatriés de l’UE ont quitté Bamako pour des raisons de sécurité et travaillent désormais depuis la capitale belge. Début mai, Bruxelles a par ailleurs décidé de ne pas renouveler la mission de formation militaire EUTM-Mali au-delà du 18 mai 2024. À l’arrêt depuis deux ans, son maintien était ardemment soutenu par Madrid.

La junte a également repris contact avec certains bailleurs internationaux, alors qu’elle est confrontée à une dégradation de sa situation économique et financière. Depuis plusieurs mois, sa capitale Bamako subit des coupures d’électricité à répétition. Fin avril, le ministre de l’économie et des finances, Alousséni Sanou, présent à Washington pour les réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, a réussi à arracher un prêt de 60 millions de dollars à cette dernière. Ce prêt doit permettre à la société publique d’électricité Énergie du Mali de s’approvisionner en carburant auprès de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) et plus particulièrement du Sénégal et de la Mauritanie. Quelques jours plus tard, le 30 avril, le FMI a octroyé à Bamako une aide d’urgence de 120 millions de dollars pour rétablir ses finances publiques et lutter contre des “chocs exogènes”.

 Source : Africa Intelligence

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