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Niger : l’ancien président Bazoum et ses complices seront poursuivis pour « haute trahison et atteinte à la sureté de l’Etat » (Communiqué CNSP)

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Dans un communiqué publié tard dans la soirée du dimanche 13 août 2023, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a annoncé que le président déchu, Bazoum Mohamed, ainsi que ses complices locaux et étrangers seront poursuivis devant les juridictions nationale et internationale compétentes pour « haute trahison » et « atteinte à la sureté intérieure et extérieure ».

Selon le porte-parole de la junte militaire, le colonel-major Abdrahmane Adamou, le gouvernement dispose des éléments nécessaires de preuves grâce aux échanges entre l’ex-chef de l’Etat et des complices locaux et étrangers dont des chefs d’Etat. Le CNSP a d’ailleurs saisi l’occasion pour dénoncer « la campagne d’intoxication et désinformation », entretenue « à dessein pour discréditer les autorités de transition », et « faire échouer toute solution négociée de sortie de crise ». Avec cette accusation, les nouvelles autorités de Niamey, qui ont par ailleurs, réaffirmé leur engagement à traiter « dignement » les dirigeants interpellés du régime déchu, entendent visiblement inscrire la détention de l’ancien président Bazoum ainsi que ses proches, dans un cadre légal avec désormais, l’ouverture d’une procédure judiciaire à leur encontre. Comme ce fut le cas en 2010 sous la précédente transition militaire du CSRD du général Salou Djibo, lorsque le président renversé Tandja Mamadou a été accusé de « haute trahison » et de « malversations financières » par la junte militaire au pouvoir à l’époque, ce qui lui a permis de le maintenir en détention pendant plusieurs mois, et ainsi atténuer la pression des organisations internationales de défense des droits humains ainsi que des leaders mondiaux qui dénonçait une « détention arbitraire » du président renversé.

Dans le communiqué lu à la télévision publique, le porte-parole du CNSP a d’abord tenu à informer l’opinion nationale et internationale que depuis les évènements du 26 juillet 2023, « des allégations fantaisistes et mensongères sont véhiculées par certains lobbys en relation avec des responsables ouest-africains au plus haut niveau et leurs mentors internationaux ». Selon le colonel-major Abdrahmane Adamou, « le CNSP et le gouvernement de transition dénoncent avec force la campagne d’intoxication et de désinformation entretenue à dessein pour le seul intérêt d’un individu et de son clan, dans le but de discréditer les autorités nigériennes de transition et faire échouer toute solution négociée de sortie de crise afin de mieux justifier une intervention militaire sous-traitée à une puissance étrangère par certains chef d’Etat au nom de la Cédéao ».

« Les autorités nigériennes regrettent cette attitude d’une certaine communauté internationale qui consiste à manifester sa solidarité vis-à-vis de quelques politiciens du régime déchu et, en même temps, manque d’empathie envers les populations nigériennes durement éprouvées par les sanctions illégales, inhumaines et humiliantes de la Cédéao qui vont jusqu’à priver le pays de produits pharmaceutiques, des denrées alimentaires de première nécessité et de fourniture en courant électrique. Le CNSP et le gouvernement de transition saluent la résilience et la solidarité du peuple nigérien qui fait preuve d’une grande dignité face à cette épreuve dont il compte tirer toutes les leçons qui s’imposent et en sortira renforcé et grandi ».

Dans le communiqué, le porte-parole de la junte a tenu à rassurer les nigériens, au nom du CNSP et du gouvernement de transition, que sur instructions du Président du CNSP, chef de l’Etat, le général de brigade Abdourahamane Tchiani, « toutes les dispositions urgentes sont en train d’être prises pour atténuer au maximum l’impact des sanctions de la Cédéao sur nos vaillantes populations ».

Engagement de la junte à traiter « dignement » les dirigeants de l’ancien régime interpellés

Le porte-parole du CNSP a aussi fait cas de la situation des responsables du régime déchu interpellés à la suite du coup d’Etat. « Le CNSP et le gouvernement de transition réaffirment leur ferme volonté de respecter nos lois et règlements ainsi que les engagements du Niger en matière de droit de l’homme et ce faisant, les traiter avec humanise conformément à nos valeurs traditionnelles et religieuses », a indiqué le colonel-major Abdrahmane Adamou. Pour ce qui est du cas précis du président déchu,  « le CNSP et le gouvernement de transition invitent toute personne de bonne volonté épris de paix et de justice à s’interroger sur la sincérité de sa prétention à soutenir qu’il est séquestré alors même que les militaires n’ont jamais investi sa résidence présidentielle et qu’il dispose encore de tous les moyens de communication », a-t-il déclaré avant de rappeler que le président déchu, Bazoum Mohamed, « reçoit régulièrement la visite de son médecin », dont la dernière visite, a-t-il ajouté, remonte au samedi 12 août 2023, de 11h30 à 15h00. Aussi, a poursuivi le membre de la junte et par ailleurs ministre de la Jeunesse et des Sports, après cette visite, « le médecin n’a décelé aucun problème quant à l’Etat de santé su président déchu et des membres de sa famille, tel que confirmé par un message de l’intéressé à ses proches et aux médias internationaux ».

« En tout état de cause, le gouvernement nigérien a réuni, à ce jour, les éléments nécessaires de preuves pour poursuivre devant les instances nationale et internationale compétentes, le président déchu et ses complices locaux et étrangers pour haute trahison et atteinte à la sureté intérieure et extérieure du Niger, suite à ses échanges avec les nationaux, les chefs d’Etat étrangers et des responsables d’organisations internationales ».

Jurisprudence

Avec ces accusations, le CNSP entend donc ouvrir une procédure judiciaire à l’encontre de l’ancien président Bazoum Mohamed ainsi que des responsables du régime déchu. Il faut dire que depuis le coup d’Etat du 26 juillet dernier, le Président renversé, sa femme et son fils sont gardés par les militaires au sein de la résidence présidentielle et beaucoup d’informations de tout genre sur « les mauvaises conditions de leur détention », amplifiées par son parti et ses proches, ont fait le tour des médias internationaux et repris par de hautes personnalités et organisations internationales.

A la suite de la Cédéao, de l’UA, de l’UE ainsi que des Etats-Unis et de la France qui ont tous fait part de leurs inquiétudes et ont appelé à « la libération immédiate et sans condition de Bazoum Mohamed, sa famille et ses proches », des organisations de défense des droits humains ont également dénoncé les conditions de détention des dignitaires de l’ancien régime interpellés par la junte et en particulier le sort réservé à l’ancien chef de l’Etat que le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Volker Türk, a  même qualifié de « traitement dégradant et inhumain »

Dans un communiqué publié vendredi dernier, Human Rights Watch (HRW) a déclaré que « les militaires devraient respecter les droits humains fondamentaux, notamment en remettant en liberté les personnes emprisonnées arbitrairement ». Selon HRW, qui dit avoir eu un entretien avec lui et certains de ses proches, les 9 et 10 août 2023, « Mohamed Bazoum et sa famille sont privés de nourriture, de services de base et d’assistance juridique ».

Cette accusation n’est pas la première du genre au Niger dans un contexte de transition. En 2010, lorsque le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD) a renversé l’ancien président Tandja Mamadou, et face à la pression nationale et internationale pour ce qui a été qualifiée de « détention arbitraire », l’ancien chef de l’Etat fut accusé puis inculpé pour « haute trahison » et de « malversations financières ».  La procédure judiciaire ainsi enclenchée a permis à la junte militaire au pouvoir à l’époque de maintenir l’ancien chef de de l’Etat en détention puisqu’il fut placé en résidence privée avant d’être transféré à la prison civile de Kollo, où il resta pendant 15 mois !

Source : Nigeractu

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