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Burkina /15 mai : « L’éducation traditionnelle nous enseigne ce que nous devons être et ce que nous ne devons pas être » Ousmane Amidou Dicko, Emir du Liptako

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Désormais le 15 mai sera célébré au Burkina Faso, la journée des Coutumes et Traditions. La célébration de cette nouvelle date symbolique, souhaitée par les autorités de la Transition devrait permettre un retour aux sources. Comment est-on en n’arrivé ? Pourquoi le choix porté sur le 15 mai ? Quelle conséquence cela pourrait occasionnée dorénavant dans nos sociétés ? Pour avoir des réponses nous avons rencontré, à l’occasion de la célébration de la 1ère journée des coutumes et traditions, le chef coutumier, Ousmane Amidou Dicko, Emir du Liptako.

Aconews.net : Vous êtes l’Emir du Liptako. A quoi correspond cette appellation aujourd’hui ?

Emir du Liptako : L’Emir c’est un roi politiquement, sauf qu’il y a une connotation religieuse. Emir veut dire aussi commandeur des croyants.

 Le gouvernement a décidé d’instaurer une journée des coutumes et des traditions chaque 15 mai. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

 Je l’ai accueilli avec beaucoup de bonheur parce que pour une fois on reconnait les traditions et coutumes. Quelle qu’en soit la religion. Que vous soyez chrétien, musulman, juif ou autres nous avons des traditions et coutumes. Le fait de reconnaitre ces traditions nous interpelle d’abord à les connaitre. Je pense que c’est la première chose que nous devons faire, reconnaitre ce que nous sommes.

Nous avons plus de 64 ethnies au Burkina. Comment fait-on pour connaitre les coutumes et les traditions liées à ces 64 ethnies ? C’est beaucoup ! mais, je suis sûr qu’il y a une convergence de coutumes et traditions parce que traditions et coutumes ce ne sont que des codes qui permettent aux gens de bien vivre ensemble.

 Pour vivre ensemble surement, il y a des codes telles que la solidarité, la croyance en un Dieu unique, la fraternité, l’hospitalité et le respect pour l’ainée. Je pense donc que toutes ces valeurs se retrouvent dans toutes les coutumes. Des coutumes qu’il va falloir cartographier et rendre disponible, enseigner aux jeunes. Je crois que c’est la première chose à faire et c’est comme ça que je vois cette journée du 15 Mai.

Aussi pour nous, il s’agira, comme nous sommes plusieurs communautés au Burkina Faso, l’occasion de connaitre différentes communautés et aussi de faire connaitre notre communauté. Donc c’est un échange de connaissance et cela peut nous apporter la paix et la cohésion sociale. Le problème du vivre ensemble, c’est la méconnaissance de l’autre, le refus de l’acceptation de l’autre et la différence.

 Cette célébration est-elle en opposition aux religions révélées qui comptent plus de pratiquants au Burkina Faso ?

Pas du tout ! puisque l’on dit coutumes et traditions, certains dans ces coutumes et traditions ont leurs religions traditionnelles. Par contre, d’autres aussi ont en partage le christianisme ou l’islam ; donc ce n’est pas un déni des autres religions. On est dans un Etat laïc.

 Le choix de la date du 15 mai vous convient-il ?

Moi j’avais choisi la date du 17 mai, mais entre le 17 et le 15 ça se rapproche. Ils ont tout simplement choisi quelque chose qui peut rassembler tout le monde. Certains chefs coutumiers avaient choisi le 20 ou 22 mai, d’autres avaient choisi début mai. Donc si on veut satisfaire tout le monde, c’est mieux de mettre le 15 mai, c’est le juste milieu.

 Qu’est-ce que cette date représente dans la pratique traditionnelle ?

Ça dépend, chacun a une date pour ses pratiques. Pour nous par exemple il s’agit des débuts des saisons de pluies et nous avons nos rites et coutumes. Nous ne sommes pas en opposition avec ce que nous pratiquons comme religion.

 Comment allez-vous personnellement célébrer cette journée ?

Déjà j’ai du mal à concevoir le mot célébrer pour cette journée, parce que c’est une journée qui va se répéter année après année, et n’est pas une célébration. Je pense que tout simplement une occasion de se rassembler. Parce que les rites que nous donnent nos parents, n’ont pas juste lieu le 15. Que feront les gens pour lesquels, les rites c’est le 31 ou ceux font de janvier en avril. Les rites continuent pendant toute l’année. Mais une date qu’on choisit pour marquer la présence des coutumes et des traditions. Marquer la présence de ce qui a été pendant longtemps ignoré. Je pense que l’Afrique a assez de coutumes et de traditions pour enseigner l’univers pendant très longtemps et ça nous devons le connaitre.

 Quand est-il au sein du Liptako ?

 Le premier Emir a fait la guerre au nom de l’Islam, en imposant la religion islamique dans tout le Liptako. Donc le Liptako est islamique. Mais il a aussi des coutumes et des traditions et nous célébrerons ces coutumes et ces traditions.

 En quoi la célébration de cette journée du 15 mai peut contribuer à la lutte contre le terrorisme, ce mal qui ronge notre pays depuis des années ?

 D’abord je crois que c’est en se connaissant mieux, on peut aussi accepter ce qu’on est. C’est à dire qu’il y a beaucoup de gens qui ignorent les traditions et les coutumes et cela nous rend méconnaissable de ce que l’on est. Et la connaissance en soi, nous empêche d’aller vers des mauvaises pratiques. L’éducation traditionnelle nous enseigne ce que nous devons être et ce que nous ne devons pas être. Nous avons beaucoup manqué cette éducation traditionnelle durant des années.

Nos jeunes ont beaucoup perdu leur repère et quiconque perd ses repères peut facilement verser dans le terrorisme. Le problème que nous avons aujourd’hui, c’est la fragilité des communautés. Les chefs coutumiers sont devenus fragiles et cela ne peut entrainer que de la fragilité des communautés. Cette journée peut amener à conscientiser les jeunes à retrouver leur repère et à les occuper.

Propos recueillis par Souad Sankara

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