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Fermeture du Lycée Zinda: Salifou Badini un ancien élève des années 80 donne son analyse

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Dans cette production, Salifou Badini a fait le tour des péripéties qui ont entrainé la fermeture du Lycée Zinda avant  d’en analyser les impacts et de  proposer des solutions. Lisez plutôt!

CONTEXTE ET JUSTIFICATIONS D’UNE DÉCISION CONTROVERSÉE

L’année scolaire et académique 2020-2021 aura ressemblé aux autres années précédentes en termes de perturbations des cours avec ses corollaires d’incidents regrettables et de cafouillage dans la gestion de la crise du système éducatif. Comme chaque année, ces perturbations se sont étendues à tout le pays. Mais le trimestre qui a été le plus problématique est sans doute le troisième qui s’est soldé par des pertes en vies humaines, des blessés, des dégâts matériels, le tout couronné le 24 mai 2021 par la décision du Conseil des Ministres de fermer le Lycée Philippe Zinda Kaboré, le plus grand établissement post-primaire et secondaire du pays et également l’un Des plus anciens, jusqu’à nouvelle ordre. Pourtant, plusieurs voix s’étaient élevées pour dénoncer la dérive gouvernementale dans la gestion de la crise. Au nombre de ceux qui sont montés au créneaux figurent la Confédération Générale des Travailleurs du Burkina (CGT-B) et la Fédération des Syndicats Nationaux des Travailleurs de l’Éducation et de la Recherche (F-SYNTER) qui, dans leur adresse du 14 mai 2021 ‘’à tout parent d’élève’’, écrivaient ceci’ ‘’ Depuis quelques semaines les parents d’élèves assistent avec l’amertume à l’installation d’une atmosphère détestable dans le système éducatif suite à la décision du gouvernement d’opérer un certain nombre de réformes aux examens du Brevet d’Etude du Premier Cycle (BEPC) et du baccalauréat.

Selon les concepteurs, dans le premier cas, la suppression des sujets au choix pour les épreuves de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) et de l’Histoire Géographie permettrait aux candidats un gain de temps et dans le second cas, l’organisation du bac reviendrait désormais au Ministère de l’Education Nationale, de l’Alphabétisation et la Promotion des Langues Nationales (MENAPLN) sans indiquer la plus-value que cela apportera pour les élèves que pour le système éducatif.’’ Tout en dénonçant ce qu’elles appellent une décision unilatérale et impopulaire, ces organisations syndicales invitent ‘’les parents d’élèves soucieux d’un meilleur devenir de l’école dans notre pays à prendre en considération avec tout le sérieux requis, les avertissements que représentent les protestations des élèves et des personnels de l’éducation.’’ Dix jours plus tard, la décision de fermer ce que d’aucun appellent ‘’le centre névralgique des débrayages scolaires’’ tomba, comme si cette adresse du 14 mai était plutôt destinée au gouvernement.

Beaucoup pensaient que cette fermeture durerait le temps des vacances et que pour la rentrée 2021-2022, une autre décision du Conseil des Ministres viendrait entre temps autoriser la réouverture de cet établissement emblématique. Mais que nenni ! En lieu et place de cet espoir attendu par tous les concernés de cette fermeture, c’est un communiqué du Directeur provincial de l’éducation Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales du Centre (DPENAPLN-Centre) qui vident enfoncer le clou avec l’annonce du redéploiement des plus de quatre milles (4 000) élèves que compte le Lycée P. Zinda Kaboré dans soixante quatorze (74) autres établissement du Centre pour la rentrée scolaire 2021-2022. Une fois de plus, le Gouvernement venait d’opter une solution radicale. En effet, on se souvient encore de la grève du personnel des affaires étrangères qui a conduit à la fermeture de l’Institut Diplomatiques et des Relations Internationale (IDRI) avec en prime le redéploiement des diplômantes grévistes dans les autres ministères et institutions. Une décision qui avait eu d’énormes conséquences en termes de disponibilité quantitative et qualitative de ressources humaines. Et plus récemment encore, précisément depuis le 12 mars 2021, le lycée départemental de Bissigui est fermé suite aux actes de vandalismes perpétrés par les élèves, actes durant lesquels ils ont violentés leur Proviseur et certains de leurs enseignants. À ce jour, aucune note officielle n’est venue clarifier la situation de cet établissement quant à l’année Scolaire qui s’annonce. Pour le cas du Lycée P. Zinda Kaboré, cette fois-ci encore, la mesure, au-delà de la surprise générale qu’elle a créé, soulève de nombreuses questions. Entre autres, quel impact une telle mesure pourrait-elle avoir pour les différents acteurs du système éducatif ? Pourquoi une telle décision ? Quelles mesures correctives faut-il prendre dans l’immédiat ? Quel espoir pour tous les concernés de cette décision ?

 

LES IMPACTS DE LA FERMÉTURE DU LYCÉE

La fermeture du Lycée Philippe Zinda Kaboré aura sans nulle des conséquences pour tout ceux qui, directement ou indirectement, ont un quelconque lien avec ce Temple du savoir. Parmi eux, nous pouvons citer les acteurs du système éducatif que sont le personnel administratif, les enseignants, les élèves, les parents d’élèves, etc. Il t’a également les conséquences pour le climat social, un climat social déjà mis à rude épreuve par le terrorisme et la pandémie du COVID 19. Enfin il ne faudrait pas occulter les conséquences économiques d’une telle décision.

  1. Impact sur les acteurs du système éducatif

Un ancien élève du Lycée P. Zinda Kaboré, commentant l’impact de la décision et du communiqué du DPENAPLN, disait ceci’ ”Espérons seulement que les autorités profiteront de cette période de fermeture pour entreprendre de sérieuses activités de rénovations de notre Noble Zinda. Cela aura sans doute pour conséquence d’impacter positivement les esprits de ses jeunes futurs locataires.’’ En tant que zindaens, on devrait fermer notre groupe (ou au moins mettre les drapeaux de notre groupe en berne) pendant une semaine en guise de solidarité suite à la fermeture de notre maison commune.’’ Ces commentaires anodins montrent bien l’attachement que tous ceux qui sont directement ou indirectement liés à cet établissement ont ou ressentent suite à cette décision. Un sentiment de solidarité teinté d’espoir d’un lendemain meilleur. Et ce sentiment chez certains acteurs du système éducatif vire à la frustration, voire à celui d’avoir été trahi par les plus hautes autorités du pays.

En effet, cette décision, prise sans concertation préalable avec les centrales syndicales, les associations d’élèves et de parents d’élèves ainsi que les représentants des commerçants du Lycée a d’énormes conséquences parmi lesquelles nous pouvons citer :

  • La question du redéploiement du personnel enseignant et celui administratif ;
  • La question du redéploiement des quatre milles élèves en douze jours (30 août au 10 septembre) ;
  • La problématique de la gestion des infrastructures socio-éducatives, du matériel et du mobilier, du matériel didactique et pédagogique, etc. ;
  • L’avenir professionnel des petits commerçants de l’intérieur et des alentours du lycée ;

La majeure partie des enseignants et du personnel administratif se vera-t-il réaffecté dans des structures éducatives leur permettant de ne pas voir leurs dépenses quotidiennes aller à la hausse ? Retrouveront ils des conditions de travail qui ne s’apparenteront pas à des sanctions administratives ?

  1. Impact sur le climat social

La question que certains analystes se posent, c’est de savoir si cette mesure n’est pas démesurée et inappropriée ? L’étendue des dégâts causés par la grogne des élèves étaient-ils si importants et irréparables durant la période des vacances pendant laquelle l’établissement est resté tout de même fermé ? Renvoyer 4 000 supposés ‘’enfants délinquants” dans tous les quatre coins de Ouagadougou n’est-il pas plutôt une manière de distiller les germes de cette ‘’supposée délinquance’’ dans les 74 autres établissements d’accueil ? N’est-ce pas là une l’occasion pour ceux qui exploitent ces situations, de jeter de l’huile sur le feu dans un climat social déjà mis à rude épreuve par les nombreux défis auxquels le peuple Burkinabé fait face depuis plus de sept ans ?

Pour beaucoup, cette décision relève du ‘’deux poids deux mesures’’ parce qu’on a vu des évènements similaires dans d’autres localités du pays comme à l’est, dans les Cascades qui n’ont pourtant pas conduits le Gouvernement à prendre des mesures aussi drastiques qui tournent le quotidien de plus de dix milles personnes (élèves, parents d’élèves, enseignants, personnel administratif, petits commerçants, etc.) directement concernées par la fermeture de ce grand établissement. En quoi cette mesure gouvernementale répond-elle donc au besoin d’apporter Des solutions aux vrais problèmes des populations ? Pour d’autres, cette mesure viserait beaucoup plus à assurer une assise confortable aux Gouvernement qui veut à tout prix casser la lutte des scolaires pour leurs droits à une éducation de qualité qui réponde à nos réalités de peuple intègre. Et en cela, nous pouvons s’accorder du crédit à leur analyse parce que nous savons tous que ‘’Le Zinda’’ ou encore ‘’Le Noble Zinda’’ comme nous l’appelons, et par lequel sont passés la majeure partie des gouvernants actuels pour être là où ils sont de nos jours, a toujours été la plaque tournante, voire le Quartier Général de toutes les luttes historiques des élèves depuis les indépendances. À l’image d’Astérix et d’Obélix, les héros de la série bandes dessinées du mémé nom, et de leur village gaulois invincible, ‘’les zindaens’’ ont toujours su résister et organiser les résistances les plus farouches à chaque fois qu’un régime ou un gouvernement voulait toucher à la corde ‘’ombilicale’’ sensible de leur Éducation par la médiocrité de sa gouvernance. Ceux qui sont aux sommet de l’État le savent : années scolaires 1974-1975, 1982-1983, 1999 jusqu’à ce jour…chacun peut apporter son témoignage.

  1. Impact sur l’économie

Les vendeuses de déni glaces, de sandwichs et de cacahuètes du ‘’petit marché’’ des années 1970 sont devenues des grands-mères, voire des arrières et arrières-arrières grands-mères. Il en est de mêmes des libraires, gérants de parkings, boutiquiers, ‘tabliers’’ et restauratrices du Zinda qui sont également devenus des patriarches. Tout ce petit monde constitue la cheville ouvrière de l’économie de notre pays. À travers leurs petits commerces, ces vendeurs ont nourri, soigné et éduqué au fil des années leurs familles, leurs enfants et petits enfants. Ils ont ‘’dépanné’’ d’incalculables fois des zindaens’’ dans le trouble financier, que ce trouble soit léger (absence d’argent De poche, de transport), ou qu’il soit profond (absence ou insuffisance de frais scolaires). Si certains de ces commerçants ne sont plus de ce monde où ont pris leur retraite, d’autres sont toujours dans cette activité commerciale. Les familles de ceux qui n’y sont plus également continuent de pérenniser cette activité à tout point salvatrice pour d’eux-mêmes, pour leurs familles et pour les élèves, les parents d’élèves, le personnel administratif et enseignants de cet établissement au nom historique.

Quant à la contribution direct des frais scolaires et autres frais assimilés, le manque à gagner est aussi non négligeable pour le Trésor public. La contribution de l’Association des parents d’élèves dans la gestion de l’établissement est aussi une épine de moins dans les dépenses publiques. Quel sera donc le poids de tout ce manque dans l’économie du pays et dans les recettes publiques ? Quel suite professionnelle pour ces acteurs du privé, de la société civile et du public ?

  • LES ACTIONS CORRECTIVES QUI S’IMPOSENT

Comme on peut le constater dans les paragraphes précédents, cette situation suscite d’innombrables interrogations. Pourquoi ? Parce que la décision paraît absurde et le restera tant que le Gouvernement ne va pas prendre ses responsabilités pour décréter dans les semaines qui suivent des mesures de restructuration ou un planning de réouverture du lycée Zinda et partant, des établissements dans la même situation. Notre analyse s’appuie ici entre autres sur le commentaire d’un éducateur, par ailleurs ancien élève du Lycée qui affirmait que ‘’des réformes qui étaient prévues le Zinda faisait parti des établissements qui  devaient abriter uniquement le second cycle .peut être qu’il y aura d’autres orientations.” Si cela s’avère, pourquoi le Professeur Stanislas OUARO, au lieu de monter lui-même au créneaux après les assises d’août 2021 pour présenter ladite réforme et annoncer la restructuration du Lycée Zinda pour commencer ? Cela aurait permis de placer le communiqué du DPENAPLN du Centre comme une étape du démarrage du processus.

Il y’a donc une nécessité de corriger la procédure en procédant comme suit’ :

  • Présenter officiellement les nouvelles orientations aux grand public par des voies appropriées ;
  • Présenter officiellement au grand public le programme de restructuration du Lycée P. Zinda Kaboré et des autres établissements concernés ;
  • Rencontrer les représentants du personnel, des enseignants, des commerçants, des élèves et parents d’élèves de l’établissement en vue d’échanger sur l’avenir pré et post restructuration de chaque composante du Zinda ;

Ces mesures rectificatives permettront à n’en pas douter, de corriger les insuffisances constatées aux plans règlementaire, communicationnel et socio-économique. Elles pourraient ainsi permettre de fédérer les énergies et de réunir tous les acteurs vers un seul objectif qui en vaut vraiment la peine, ‘’celui de faire du Lycée Philippe Zinda Kaboré un Établissement de référence en matière d’éducation.’’

LE LYCÉE PHILIPPE ZINDA KABORÉ : UN MODÈLE D’ÉTABLISSEMENT SECONDAIRE PUBLIC LAÏC ?

Oui, cela est possible ! L’apparente sanction qui plane sur le Lycée Zinda peut s’avérer être plutôt une source de bénédiction pour l’ensemble du système éducatif et le monde du travail. Il est possible de faire du Zinda un modèle, encore faut-il se comprendre pour y arriver en évitant la guerre des chiffonniers. Il ne s’agit donc pas d’étouffer des rebellions de scolaires à travers cette fermeture en répondant ainsi par la politique de l’autruche, mais en créant l’effet pygmalion comme la mère de Thomas Edison, l’un des plus célèbres inventeurs de son époque qui, renvoyé de l’école pour “cancrétisme”, a été pris en charge par elle dans le silence actif de l’éducation maternelle. Dans ce silence actif, elle a fait de lui l’un des plus grands génies inventifs de l’époque. Le petit garçon déclaré inapte mental par son enseignant, programmé à l’échec par le système éducatif de son époque a, par la volonté farouche d’une mère déterminée, a plutôt sauvé le système par l’importance utilitaire de ses inventions. Tout reste donc possibles pour ‘’nos garnements’’ à conditions pour nous de savoir jouer pour eux le rôle de madame Edison : ‘’Traitons-les comme s’ils étaient ce que nous voulons qu’ils soient, et ils le deviennent.’’

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