Accueil A LA UNE Investiture Joe Biden : que nous réserve encore l’Amérique de Trump ?

Investiture Joe Biden : que nous réserve encore l’Amérique de Trump ?

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Plus de 25 000 éléments de la Garde nationale mobilisés. Des rues fermées et désertes. Les avenues menant au National Mall, centre névralgique du pouvoir politique américain sous très haute surveillance militaire. A quelques heures, voire depuis quelques jours, de la prestation de serment du président élu des Etats-Unis d’Amérique prévue pour aujourd’hui mercredi 20 janvier 2020, Washington, la capitale fédérale, a des allures de ville assiégée.

Jamais investiture de président américain n’aura été frappée d’un tel sceau sécuritaire. A qui la faute ? A Donald Trump dont les hordes barbares ont commis le pire des sacrilèges politiques en prenant d’assaut le Capitole.

Ce jour-là, nous sommes le mercredi 6 janvier. Le Congrès s’est réuni pour la certification de l’élection de Joe Biden. Soudain, telle une lame de fond, une marée de pro-Trump, chauffés à blanc par leur gourou, déferle dans le saint des saints de la démocratie américaine avec la vile prétention d’obliger les élus à inverser le verdict des urnes du 3 novembre 2020.  Surréaliste !

Dopés par la came d’une illusion entretenue par le fantasque peroxydé de la Maison-Blanche, certains de ces illuminés ont osé souiller de leurs sales popotins le fauteuil de la   présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi. Tandis que d’autres mettaient sens dessus-dessous le bâtiment, presque avec la complicité des policiers de faction.

Ils ont osé désacraliser le sanctuaire du pouvoir public américain, faisant des Etats-Unis la risée du monde entier.

Tout cela pour assouvir les rêveries d’un milliardaire de président qui vit sa défaite comme une blessure narcissique.

On se serait cru dans une de ces démocraties bananières tropicalisées où les violences post-électorales font quasiment partie des mœurs politiques.

Et voilà que la plus vieille démocratie du monde contemporain s’est donnée en spectacle en offrant l’image détestable d’un Far-West électoral soumis aux desiderata des pistoleros.

Tout cela, répétons-le encore, à cause d’un homme répudié de la Maison-Blanche comme il y est entré : dans le fracas.

C’est cette page triste de l’histoire politique récente du pays de l’Oncle Sam qui se ferme. Enfin !

Mais de quoi sera fait cet « Inauguration Day » pas du tout comme les autres ?

Autrement dit, que nous réserve encore cette Amérique de Trump, bouffie de son orgueil suprématiste et prête à la sécession sociale, s’il le faut, si on ne la laisse pas écraser les gueux du wagon de seconde classe en maintenant au pouvoir celui qui a aggravé les inégalités sociales, pour ne pas dire raciales ?

Mais il faut dire que ces quatre dernières années auraient été tumultueuses, même s’il faut reconnaître qu’on ne se serait pas ennuyé avec l’homme qui twitte plus vite que son ombre et dont le compte twitter a finalement été fermé comme celui d’un vulgaire quidam.

Avec le 45e locataire de la Maison-Blanche, on aura eu droit, depuis 2016, à un unilatéralisme forcené dans les relations internationales. Sous sa présidence, aucune organisation multilatérale, aucun Accord n’ont trouvé grâce à ses yeux. Son égoïsme national débridé conduira son administration à prendre ses distances avec nombre d’institutions internationales.

Ainsi des retraits successifs des Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat en juin 2017, en octobre de la même année de l’UNESCO, en décembre du Pacte mondial sur les migrations et en juin 2018 du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU.

Last but not least, alors que la pandémie du Covid-19 est en pleine expansion, l’administration Trump décide, à la stupéfaction générale, de suspendre sa contribution financière au budget de l’OMS.

Et comme si tout cela ne suffisait pas, l’ancien animateur de l’émission de téléréalité The Apprentice a pris le soin de miner le terrain diplomatique contre son successeur en obligeant certains Etats à se tourner vers Israël.

C’est le cas tout récemment du Maroc qui a été contraint de normaliser ses relations avec l’Etat hébreu en contrepartie de la reconnaissance américaine de la souveraineté du royaume chérifien sur le Sahara occidental.

L’arrivée de Donald Trump à la magistrature suprême fut véritablement une erreur de casting.

Suite aux événements du 6 janvier 2021, il est devenu le premier président américain visé deux fois par une procédure de destitution et le quatrième à n’avoir pas eu l’élégance républicaine d’assister à l’investiture de son successeur.

Maintenant que la parenthèse Trump se referme, faut-il pour autant s’attendre à un virage à 180° de la politique de Joe Biden qui n’a pas d’autre choix que de gouverner en tenant compte des 74 millions de ses compatriotes qui ont voté pour son adversaire ?

En tout cas, les Africains ne doivent pas s’attendre à un miracle dans leurs relations avec Washington.

Le registre de la politique africaine de Biden ne va pas fondamentalement changer et donc s’inscrira dans une certaine continuité. Rigidité des institutions américaines oblige.

Tout au plus les « pays de merde », comme Trump les avaient qualifiés, pourront-ils espérer des relations plus cordiales avec en sus quelques subsides dans l’escarcelle de la coopération.

 

Alain Saint Robespierre

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